Les échanges commerciaux, cruciaux pour la sécurité alimentairePublié le 5 juillet 2018 par Marie-Cécile DAMAVE

Principe de réalité : nous vivons dans un monde ouvert, une économie mondialisée, où les marchés sont en équilibre à l’échelle de la planète. Pour les matières premières agricoles, ça n’est pas nouveau, comme l’illustrent les excellents livres d’Alessandro Giraudo « Histoires extraordinaires des matières premières » et « Nouvelles histoires extraordinaires des matières premières » (éditions Françoise Bourin, 2017). Et cette histoire n’est pas terminée.

 

Le rapport annuel « Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO pour 2018-2027 » vient de sortir.  Il donne des prévisions pour les marchés agricoles pour la prochaine décennie. Outre le ralentissement de la demande mondiale et le fait que les prix agricoles devraient se maintenir à des niveaux relativement bas, un des points saillants de ce rapport est le rôle prépondérant des échanges commerciaux pour répondre aux besoins alimentaires des humains.

 

L’OCDE et la FAO notent que la spécialisation des régions s’intensifie pendant la prochaine décennie. Autrement dit, les pays exportateurs (Amériques, Océanie, et plus récemment Russie et Ukraine) augmenteront leurs parts de marché tandis que les importateurs (Chine, Moyen-Orient, Afrique du Nord et sub-saharienne) devraient accroître leurs déficits commerciaux. Cependant, comme la demande mondiale devrait progresser moins rapidement que durant la décennie précédente, les échanges commerciaux devraient suivre la même tendance : en augmentation, mais moindre que pendant les dix dernières années.

 

Ce rapport rappelle que « les importations sont indispensables à la sécurité alimentaire d’un grand nombre de pays en développement », et que « la dépendance à l’égard des importations est particulièrement élevée dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord ». Cela est dû notamment à la croissance démographique dans ces régions, qui devront importer davantage pour nourrir leurs populations, leur production agricole étant peu productive et subissant une forte contrainte du changement climatique (déficit en eau en particulier). Rappelons que ces marchés sont clés pour les exportations européennes de céréales.

 

Une autre actualité nous rappelle que dans l’échiquier mondial, tous les marchés sont liés et les effets dominos peuvent aller très vite. En réponse aux mesures protectionnistes des Etats-Unis, qui promettent d’augmenter leurs barrières douanières pour les produits en provenance de Chine, cette dernière a prévu d’imposer une taxe de 25% sur les importations de soja en provenance des Etats-Unis. Depuis cette annonce, les cours mondiaux du soja ont fortement chuté à la bourse de Chicago (-18% depuis le 25 mai).

 

La Chine, premier importateur mondial de soja, devrait compenser la baisse de ses importations des Etats-Unis en s’approvisionnant davantage au Brésil, deuxième exportateur mondial après les Etats-Unis. Comme les Etats-Unis exportent la moitié de leur production de soja, ils vont de toute évidence se tourner vers d’autres marchés pour écouler leur production : l’Union européenne est en première ligne, car sa demande est forte en soja et tourteaux de soja pour l’alimentation animale et la baisse des disponibilités en soja brésilien pour l’UE pourraient ainsi être compensées par du soja américain. Si la chute des cours du soja se répercute durablement en Europe, cela pourrait s’avérer positif pour les industriels de l’alimentation animale et pour les éleveurs européens…

 

 

Voir aussi :

  • « Le soja victime de l’escalade de la guerre des tarifs », article de Muryel Jacque paru dans Les Echos du 4 juillet 2018,
  • « Trade Spat to Turn U.S. Into Top EU Soybean Supplier”, article de Tatiana Freitas et Isis Almeida paru chez Bloomberg le 28 juin 2018
  • « US tariffs tip soyabean balance in Brazil’s favour », article de Gregory Meyer paru dans The Financial Times le 25 juin 2018