Les médias sociaux au service de l’agroécologiePublié le 31 mars 2021 par Francky Duchâteau

Agreenium et l’ACTA ont organisé un webinaire sur l’utilisation des médias sociaux pour la transition agroécologique des exploitations agricoles.

 

site web AGOR@GRICe webinaire s’appuyait sur les travaux menés dans le cadre d’un projet CasDAR « AGOR@GRI : les médias sociaux au service de l’agroécologie » (janvier 2019 – juin 2022), piloté par l’ACTA. Dans le cadre de ce projet, une enquête a été conduite auprès des agriculteurs sur leur utilisation des médias sociaux. Les principaux résultats ont été présentés par Magali Prost, enseignante-chercheuse à l’Université de Bretagne Occidentale, experte des communautés professionnelles en ligne, partenaire du projet AGOR@GRI. Ce point de vue « agriculteurs » a été enrichi par le regard d’un conseiller, Benoit Chorro, animateur pendant plusieurs années d’un groupe WhatsApp, actuellement directeur des opérations au sein d’Icosystème.  Son témoignage a été complété par le regard de Brice Thollet, qui a analysé la communauté WhatsApp animée par Benoit Chorro dans le cadre d’un stage en agronomie et sciences de l’éducation mené en 2020 dans le cadre d’AGOR@GRI. Brice Thollet travaille actuellement à la DRAAF PACA.

 

Les agriculteurs, toujours plus équipés en outils numériques sur leur ferme, sont de plus en plus présents sur les médias sociaux. Des groupes d’agriculteurs se créent notamment sur Facebook et WhatsApp.

 

Ces groupes, créés sur la base d’intérêts et d’objectifs communs (par exemple : réduire l’utilisation de pesticides ou favoriser la régénération des sols), sont des lieux de partage d’expériences terrain et de pratiques agricoles. Les contenus techniques se mêlent à des dimensions plus émotionnelles (partage des réussites et des échecs, encouragement, soutien…). Dans un cadre de confiance entre eux, les agriculteurs s’échangent des photos et témoignent de leur expérience dans la mise en œuvre de pratiques nouvelles dans leurs systèmes de production. Les médias sociaux sont pour eux une source de conseils supplémentaires aux institutions agricoles (Chambres d’agriculture, coopératives, instituts techniques…). Les échanges au sein d’un groupe constitué peuvent aussi être sources de mise en place de formations ciblées comme, par exemple, la reconnaissance et la lutte contre des bioagresseurs ciblés ou d’organisation de tours de plaine.

 

De nombreux groupes existent autour des problématiques agroécologiques, d’agriculture de conservation des sols ou de l’agriculture biologique. Comme dans tout réseau collectif, les participants en font des usages diversifiés. Beaucoup de personnes viennent pour observer, pour faire de la veille sans contribuer activement (pratique appelée « lurking »), d’autres partagent plus ouvertement leur expérience. La force du collectif est d’apporter un regard critique bienveillant sur les autres avec une volonté de progresser et faire progresser. Le réseau WhatsApp permet plus facilement ce type de dynamique. Le réseau Youtube permet plutôt d’accéder à des vidéos techniques qui peuvent permettre d’apporter des conseils techniques plus détaillés.

 

Même s’il reste difficile d’évaluer objectivement la part jouée par l’activité sur les médias sociaux et les contenus partagés dans les changements de pratiques en lien avec la transition agroécologique, ils constituent assurément un moyen d’accélérer la diffusion d’une culture technique auprès des agriculteurs et un lieu de réassurance. Ils s’intègrent dans une stratégie globale pour « apprivoiser » l’agroécologie. Le processus se fait en plusieurs étapes : un temps de découverte et un temps de routine où les contributions des agriculteurs sont de plus en plus actives. La place et le rôle de l’animateur sont déterminants, du moins à la création de la communauté avant que celle-ci ne fonctionne en autonomie. Pour l’agriculteur, tout est une question de confiance et d’intérêt.

 

L’enjeu le plus important, que ce soit à travers les réseaux sociaux ou les institutions de conseil agricole classiques, est de créer du lien et d’apporter des connaissances à tous les agriculteurs. Or un certain nombre d’entre eux restent éloignés de toute forme de réseau relationnel au risque d’aggraver leur isolement.

 

agridées publiera dans quelques semaines une Note de think tank intitulée « Communication agricole : la grande mutation ? » rédigée par Eddy Fougier.

 

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