Les nouvelles attentes des consommateurs, des leviers de compétitivité pour les meuniersPublié le 17 juin 2019 par Yves LE MORVAN

 La Convention annuelle de la meunerie est toujours l’occasion pour cette industrie essentielle de mettre en exergue ses spécificités et son poids dans la filière céréalière. En 2018 les 417 moulins ont ainsi écrasé un peu plus que 5 millions de tonnes de blé pour une production de 4 millions de tonnes de farines. La panification demeure le débouché majeur de la meunerie pour près de 64% de ses volumes. Une année 2018 morose sur le plan de l’activité, mais à marquer d’une pierre blanche avec l’aboutissement d’un long combat : la suppression de la « taxe farine » dans le cadre de la loi de finances 2019. Cette taxe sur la production de 15,24 €/T finançait curieusement le régime retraite de la MSA et grevait la compétitivité de la meunerie française. Mais quid de la meunerie du futur en rapport avec les aspirations des consommateurs ?

 

Photo de Jean-François Loiseau, Président de l’ANMF, à gauche, et Bernard Valluis à droite.

Dans la matinée, deux conférenciers ont dépeint le halo d’informations qui entoure et en même temps façonne la perception de l’alimentation chez nos concitoyens. Tout d’abord le sociologue Gérald Bronner a décrit les mécanismes qui conduisent aux peurs et aux croyances. La dérégulation du marché de l’information et la diversité des sources, au lieu d’alimenter le sens critique, a favorisé « l’insularité cognitive ». La puissance des algorithmes sur les réseaux sociaux permet de focaliser sur chacun l’information qu’il souhaite en fait recevoir, confirmant son opinion et donnant l’impression de véracité et de soutien d’un grand nombre. Les « minorités actives » se renforcent ainsi, notamment à propos de mauvaises nouvelles dont on sait qu’elles se propagent 6 fois plus vite que les bonnes… Il en ressort une « épidémie de crédulité ». Céline Laisney (AlimAvenir) a quant à elle analysé les réponses aux 3 aspirations des consommateurs : gain de temps-praticité/transparence-confiance/nutrition-santé. La demande de simplification amène ainsi 66% des boulangers à proposer désormais sous une forme ou une autre des formules déjeuner. Les produits panifiés apportent donc une réponse. A noter que la végétalisation des menus s’accélère, et 1/3 des consommateurs peuvent s’intégrer dans une définition large de « flexitarien ». L’innovation et les services sont plébiscités.

 

Dans l’après-midi une table-ronde réunissait cinq intervenants représentant des signes ou des démarches de qualité dans la filière blé/farine/pain, soit Marc Bonnet pour le cahier des charges CRC, Niels Brinch-Nielsen pour la démarche « whole grain » au Danemark,  Frédéric Grosso de l’INAO pour le Label Rouge, Florent Guhl de l’Agence Bio, et enfin Pierre Weill pour « Bleu, blanc, cœur ». Tous ont décrit des offres en développement, le souhait de différenciation des consommateurs, leurs attentes en matière de sécurité, de santé, de proximité et de valeurs sociétales. Avec  peut-être un risque de concurrence entre signes, mais les consommateurs segmentent et apprécient la diversité. Et une question sur le prix, mais les consommateurs savent varier les options, et mettre en exergue leur liberté de choix. Avec un point commun, que veut le client ? De la qualité et du sens.

 

Pour finir, le sociologue Claude Fischler a évoqué l’importance continue du pain* dans les apprentissages alimentaires et sociaux de l’enfant. Mais aussi sa pente de consommation, les anciens en consomment plus que les jeunes, les hommes que les femmes…Rassurons-nous, il y a toujours du pain sur la planche.

Cette journée était présidée par Jean-François Loiseau, tout nouveau Président de l’ANMF, qui a insisté sur la nécessité de toujours mener les travaux en filière, notamment en matière de qualité sanitaire, et de rechercher à satisfaire les consommateurs. Et elle était animée pour la dernière fois par le sémillant Bernard Valluis, qui a beaucoup fait pour la meunerie et la filière céréalière française, en France et à l’international. Un hommage lui a été délivré. Un au-revoir à la meunerie (?), mais pas à agridées  dont il est membre, où de futurs travaux l’y attendent déjà.

 

*Voir aussi notre brève “Grandir avec le pain..;”