Les paysans toujours prêts à vous nourrirPublié le 26 mars 2020 par Thierry Merret

Nous, agriculteurs français, avons été régulièrement dénigrés ces dernières semaines, ces derniers mois. Nous étions les pollueurs, les empoisonneurs potentiels auprès des citadins voire, même, auprès de nos voisins (riverains !). Aujourd’hui, le Covid-19 (ou coronavirus) nous rappelle que sans alimentation, notre population ne pourrait vivre. Après cette crise, est-ce que les françaises et français garderont en mémoire que, tout comme l’air que nous respirons, se nourrir en qualité et en quantité est essentiel, pour ne pas dire indispensable ?

 

Dans nos sociétés française et européenne, où l’on ne manquait de rien, il a été demandé aux paysans de faire toujours plus pour l’environnement, le sanitaire, le bien-être animal, pour produire légumes et fruits en les protégeant du mieux possible. Tout cela a été fait par les agriculteurs mais n’était pas écouté et encore moins entendu. En cette période d’épidémie sanitaire, de nombreux citadins ont pris le chemin de nos campagnes. Ne serait-ce pas les mêmes qui, hier, ne voulaient plus d’agriculture près de leur maison de campagne (poulaillers plein air, bruits, odeurs, etc.) ?

 

Aujourd’hui, les consommateurs veulent se nourrir. D’ailleurs, ils relèguent au second plan les labels bio, plein air, sans pesticides… Ils achètent ce qu’ils trouvent, sans se soucier du mode de production ! Et plus personne ne vilipende sur les ondes ou dans les lucarnes l’agriculture conventionnelle.

 

Certains sont prêts à braver les interdictions, concernant le confinement. J’aimerais leur dire qu’en tant que producteur de légumes, mon épouse en tant que productrice de plantes fleuries, nous allons tout mettre en œuvre pour servir les citoyennes et citoyens français, comme tous les agriculteurs et agricultrices du territoire français.

 

Nous, paysans, sommes au début de la chaine alimentaire. Nous avons besoin de nos salariés collaborateurs mais également de saisonniers. Mais, il ne faut pas que cette chaine soit interrompue : nous avons besoin de fournisseurs, transporteurs, distributeurs etc., ainsi que pour les productions issues des élevages de laiteries, abattoirs, etc.

 

Nous paysans, nous savons combien tous les « besogneux », derrière ces entreprises, sont indispensables à la continuité de notre nation et nous les remercions. J’espère que nos concitoyens et nos voisins auront plus de considération pour notre noble métier qui doit s’adapter avec toujours plus de contraintes (moins de produits de protection des plantes, mise en place de zones de non traitement, etc.) : ne l’oubliez pas, nous sommes des professionnels responsables s’appuyant sur des connaissances scientifiques et avons à cœur de produire pour toutes et tous, quelque que soit la demande du marché !

 

Dernière chose en cette période de confinement, pour celles et ceux qui ont la chance d’avoir un jardin ou une terrasse, que les autorités leur permettent de jardiner, d’acheter des plants de légumes et de fleurs, qui ne pourront qu’apporter un peu de baume au cœur en cette période compliquée pour toutes et tous.

 

Thierry Merret,
Agriculteur dans le Finistère et administrateur d’agridées.