Les recettes de Christian Saint-Etienne pour « relever la France »Publié le 16 septembre 2016 par Jean-Baptiste MILLARD

ouvrage-relever-la-franceL’économiste Christian Saint-Etienne était l’invité du petit déjeuner-débat organisé mercredi 14 septembre par la Fondation Concorde à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage « Relever la France – Etat d’urgence ».   

 

Professeur au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) et Président de l’Institut France Stratégie, Christian Saint-Etienne est par ailleurs engagé en politique. Il est Conseiller de Paris et délégué national à l’Economie chez Les Républicains. Il a participé à ce titre à l’élaboration du programme économique du parti.

 

Invité à présenter son dernier ouvrage, Relever la France, Etat d’urgence (paru aux éditions Odile Jacob), Christian Saint-Etienne identifie deux transformations majeures de notre société, que sont la révolution « iconomique » et la métropolisation de la croissance. A ce double défi s’ajoute l’état de guerre qui s’installe de manière durable dans le monde méditerranéen, entrainant une mutation géostratégique et nécessitant un meilleur financement de nos armées.

 

Pour parvenir à relever ces défis et mener l’action, Christian Saint-Etienne propose une nouvelle base philosophique et politique, fondée sur trois principes clés :

  • L’existence d’une hiérarchie de valeurs et de savoir issus de l’action des hommes et fondée sur la raison et la sagesse héritées de notre histoire ;
  • Une société libre et forte fondée sur des droits « d’être » et non sur des droits « à avoir » ;
  • Le caractère émancipateur du travail.

 

Revenant sur la première transformation, l’auteur considère que malgré les maux dont elle souffre, la France dispose de tous les atouts pour être un acteur majeur de cette troisième révolution industrielle, celle de l’informatique, engagée dans les années 1980 et qui fait suite aux deux précédentes révolutions industrielles : celle de 1780 avec la machine à vapeur et celle de 1880 avec l’électricité et le moteur à explosion.

 

La condition au succès de la France dans cette révolution « iconomique » tient à la capacité des entreprises et de la société dans son ensemble à se réorganiser, ce qui requiert un effort de compréhension et d’adaptation aux mutations en cours. Dans la phase de cette révolution où nous nous trouvons, il faut des capitaux qu’il convient d’attirer en baissant significativement la fiscalité du capital.

 

La deuxième transformation est, selon Christian Saint-Etienne, induite par la première. La mutation vers l’iconomie est complétée par une mutation territoriale conduisant à une métropolisation de la croissance, la métropole n’étant pas entendu comme une masse d’hommes mais comme « un ensemble optimisé de connexions ». Il en appelle donc à l’émergence d’un leadership politique métropolitain avec une vision stratégique, à la construction de laquelle doit participer un Etat stratège.

 

C’est dans ce contexte que l’auteur formule des propositions concrètes consistant à :

  • Réindustrialiser le pays dans « l’iconomie entrepreneuriale » ;
  • Réorganiser le territoire autour de trois réseaux métropolitains ;
  • Refonder notre système politique et réorienter l’action publique.

 

A cet égard, la réforme de l’Etat passe, selon lui, par une réforme constitutionnelle dès juillet 2017 consistant en substance à interdire le déficit de la Sécurité sociale, substituer le principe de responsabilité au principe de précaution, instaurer une règle d’or sur l’investissement net des collectivités locales et une autre consistant à ne pas faire s’éloigner la fiscalité française de celle des pays européens comparables.

 

Il faut noter la place de choix que l’auteur confère à l’agroalimentaire et à l’agriculture dans le cadre de la « réindustrialisation iconomique », activités fondamentales au regard des emplois générés et de leur solde positif dans les échanges extérieurs. Devant les deux visions opposées du développement des filières agricoles, il promeut l’approche qui consiste à donner les moyens à ces filières d’investir pour monter en gamme dans la production, améliorer les produits tout en réduisant la consommation d’intrants. Cela passe par un investissement massif dans la recherche fondamentale et l’innovation. Le développement des filières agroalimentaires est en outre « le seul fondement possible au renouveau du monde rural ». L’autre vision, proposée par l’écologie politique et fondée sur « une décroissance souhaitable de toutes les productions et une répartition de la pénurie », lui parait non viable économiquement et destructeur des filières agricoles.

 

Quel rôle pour l’Europe dans les défis que notre pays doit relever ? Le constat de Christian Saint –Etienne est accablant : l’Europe est une masse inorganisée à la dérive sur tous les plans (économique, politique, stratégique). La construction européenne n’est plus une promesse. Mais la résolution de la crise française dépend également de la solution à la crise européenne rendue encore plus urgente par le Brexit. L’adoption d’une politique économique et stratégique commune fait partie de la solution.

 

Dans cet ouvrage ramassé (144 pages), Christian Saint-Etienne propose « un projet stratégique acceptable par toutes les forces de progrès », en investissant des thèmes insuffisamment présents dans les débats, tel que l’aménagement du territoire.

 

Une contribution utile à la veille de nos grandes échéances électorales.