L’Institut de l’Entreprise publie « Gouverner à l’ère du Big Data » : Quelles leçons pour le monde agricole ?Publié le 5 février 2016 par Marie-Cécile DAMAVE

couv_gouverner_ere_big_dataLe 27 janvier dernier, l’Institut de l’Entreprise (think tank de l’entreprise) a organisé un événement  pour lancer sa dernière publication « Gouverner à l’ère du Big Data – Promesses et périls de l’action publique algorithmique », signé d’Elisabeth Grosdhomme Lulin.  Si cette publication et les débats lors de cet événement n’ont pas porté sur le monde agricole, certains constats et analyses sont aisément transposables à nos secteurs.

 

Tout d’abord, le document de l’Institut de l’Entreprise constate que le numérique transforme profondément les modes de fonctionnement, avec la collecte des données comportementales en continu, la sophistication et l’individualisation des traitements qui donnent un sens aux données, et la possibilité de prendre des décisions de manière automatique. Ce constat peut s’appliquer aux services qui accompagnent le monde agricole, qu’il s’agisse des services du ministère de l’agriculture, des chambres d’agriculture, ou des autres acteurs proposant des services de conseil aux chefs d’entreprise agricole (instituts techniques, conseillers des entreprises de l’agrofourniture et des organismes de collecte par exemple).

 

Ensuite, certains défis identifiés par le document de l’Institut de l’Entreprise pour mettre en place un « service public augmenté » ont un écho particulier en agriculture :

  • Les compétences : « Ce n’est pas la technologie – les capteurs, les données, et les algorithmes – qui rendra l’action publique plus efficace, plus économe ou plus satisfaisante pour l’usager ; c’est la manière dont les diverses parties prenantes de l’action publique (…) vont s’en emparer ». Il s’agit ici des nouveaux métiers (en particulier les data scientistes, présents par exemple dans des startups) que font émerger le Big data, et de la nécessité de formation des opérateurs en place (en particulier des conseillers auprès des agriculteurs (qu’ils soient dans les chambres d’agriculture, les instituts techniques, ou les organismes de collecte).
  • Le modèle économique : collecte et traitement des données suppose d’énormes investissements. Qui a les moyens de les réaliser ? Dans quelles conditions, dans quels délais ? Dans le monde agricole, les services administratifs prennent-ils cette orientation ? S’agit-il du portail national en open data prôné par le rapport « Agriculture Innovation 2025 » ? Qui, parmi les opérateurs privés (entreprises de l’agrofourniture, startups) a les moyens d’investir dans des systèmes de traitement des mégadonnées pour fournir un conseil pointu et sur mesure ?
  • Les libertés individuelles : « l’enjeu ne sera pas tant d’interdire la collecte de données, tant celle-ci est désormais pervasive dans notre vie quotidienne, que d’assurer la transparence de cette collecte (chacun doit savoir qui détient quelles données sur lui), de veiller à ce que chacun reste propriétaire de ses données et puisse les valoriser à son bénéfice, enfin de contrôler l’usage des données en sorte qu’il ne soit ni discriminatoire, ni attentatoire aux libertés ». Dans ce registre, remarquons les travaux très avancés des organisations agricoles américaines dans le secteur des grandes cultures, qui ont mis en place des « Principes de confidentialité et de sécurité des données agricoles » en 2015, signés par 35 organisations d’agriculteurs et entreprises de l’agrofourniture et spécialisées dans le traitement des données.

 

Lors de l’événement du 27 janvier, l’auteure de la publication a indiqué que le numérique et de traitement des données permettaient de remplacer par des organisations collectives, l’Etat là où il est défaillant. Ce processus en mode « bottom-up » fait appel dans nos secteurs à la notion de « living lab », et met le doigt sur le danger de ces technologies pour les institutions établies face à de nouvelles organisations déstructurantes (« disruptives ») plus rapides, efficaces, et adaptées aux demandes des acteurs. L’organisation du conseil aux agriculteurs est ici clairement en ligne de mire, impliquant de nouvelles compétences, de nouveaux modèles économiques, et le respect des libertés individuelles. Ce mouvement est en marche, au service de chefs d’entreprise agricoles eux-mêmes de plus en plus formés, informés, compétents, exigeants, engagés dans une agriculture de précision.

 

Les travaux de notre groupe de travail « Big Data : quels usages pour ‘agriculture d’aujourd’hui et de demain ? » s’inscrivent dans ce cadre.

 

Références :