L’ombre de David RicardoPublié le 8 janvier 2021 par Bernard VALLUIS

Il y a un peu plus de deux siècles David Ricardo faisait la démonstration des avantages du libre-échange sur l’autarcie et le protectionnisme dans son ouvrage « Des principes de l’économie politique et des impôts » (1817). En modélisant les relations commerciales internationales entre l’Angleterre et le Portugal dans leurs échanges de vins et de draps, il mettait en évidence les bénéfices réciproques que les deux économies pouvaient retirer de la mise en pratique des « coûts comparatifs ».

 

Fin 2020, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont scellé leur divorce dans un « Accord de Commerce et de Coopération »[1], dont le texte et ses annexes totalisent plus de 1500 pages en finalisant quatre ans et demi de discussions et d’âpres négociations. Après 47 ans de participation à l’Union européenne, le Royaume-Uni dit vouloir retrouver sa souveraineté et préférer le libre-échange au Marché Unique.

 

L’accord rédigé dans l’esprit des Free Trade Agreements représente une somme complexe de clauses et de dispositions dont les détails font pressentir les entorses possibles et les litiges futurs. Mais il est un chapitre que Winston Churchill aurait approuvé sans réserve, lui qui aimait prendre une coupe de Champagne avant son dîner agrémenté d’un bon vin de Bordeaux en terminant sur un verre de Porto pour accompagner le fromage. Ce chapitre est celui du vin auquel une section complète est consacrée pour contourner les dispositions plus strictes applicables aux « obstacles techniques au commerce ». Ainsi non seulement les vins européens pourront-ils bénéficier de l’accord sur l’absence de droits de douanes à l’importation, mais encore ne seront pas exposés aux rigueurs d’une administration tatillonne.

 

Si le général de Gaulle avait mis son veto aux premières demandes d’adhésion du Royaume-Uni, en prétextant que celui-ci pourrait transformer le Marché Commun en zone de libre-échange, il ne pouvait imaginer que déçu de n’y avoir point réussi, le gouvernement de Londres s’en libérerait. Avec le Brexit, l’ombre de Ricardo ressurgit en conservant aux britanniques le plaisir de déguster les divins breuvages du Continent, mais l’histoire ne dit pas quels types de draps l’Europe pourra importer à moindre coût ?

 

 

 

[1] Accord de commerce et de coopération entre l’Union Européenne et la Communauté Européenne de l’énergie atomique, d’une part, et le Royaume-Uni de Grande Bretagne et de l’Irlande du Nord, d’autre part.  L444 -JO UE 31/12/2020

 

 

Voir aussi l’article d’Yves Le Morvan : https://www.agridees.com/brexit-honi-soit-qui-mal-y-pense