Le marché des grains attentif aux évolutions Mer Noire, Chine et devisesPublié le 30 janvier 2018 par Isabelle DELOURME

Près de 250 professionnels des matières premières agricoles venus des cinq continents se sont donnés rendez-vous à Paris le 26 janvier 2018 pour la deuxième édition du Paris Grain Day. Cette rencontre internationale annuelle organisée par Agritel, en partenariat avec le Crédit Agricole, Euronext et Humanis Ambiance, ambitionne de positionner Paris comme un des lieux de référence sur les matières premières agricoles, à l’image de Londres ou Genève.

La prédominance régulière sur les marchés internationaux de l’offre grains Origine Mer Noire, les incertitudes concernant la demande et un changement de politique environnementale de la Chine, mais aussi les parités entre les monnaies sont des éléments clés qui modifient l’équilibre des marchés, comme l’ont confirmé la quinzaine d’orateurs. A l’inverse d’une situation économique globale qui s’améliore, les marchés des grains n’ont malheureusement pas connu de flambée des prix l’année dernière, loin s’en faut. « Jamais les indices boursiers n’ont été aussi haut. Pour autant les marchés des commodités ont touché leur point bas depuis 2016, car jamais le monde n’a autant produit » a rappelé Philippe Chalmin (Cyclope).

Effectivement, les pays limitrophes de la mer Noire et en particulier la Russie et l’Ukraine attirent désormais tous les regards. Leur production céréalière abondante, favorisée depuis plusieurs années par des hivers moins rigoureux, combinée à une amélioration de la qualité (Russie) a pesé sur l’équilibre d’un marché mondial alourdi par des stocks de report importants. Les dernières estimations tablent même sur 86 millions de tonnes collectées en Russie lors de la dernière campagne, alors même que les cultures tardives n’ont pas toutes encore été récoltées. Andrey Sizov, consultant pour SovEcon (Russie), s’avoue très optimiste quant à la reproduction de ces rendements records pour la récolte 2018. Le réchauffement climatique incite les agriculteurs à produire du blé d’hiver (plus productif) à la place du blé de printemps, l’enneigement des cultures est bon, et sauf problème au printemps (weather market), les quantités devraient être au rendez-vous. « La Russie devrait rester un exportateur très agressif l’année prochaine » estime-t-il.

Le marché des devises (dollar/rouble; euros/dollar ; peso argentin/dollar) a toujours plus d’influence, et particulièrement actuellement pour les producteurs européens qui connaissent une parité euro/dollar défavorable à leurs exportations.

Dernière incertitude, la Chine et en particulier sa politique environnementale. Jean-Yves Chow de la Société Mizuho (Singapour) a notamment souligné l’impact que pourrait avoir la création d’une filière biocarburants avec la mise en œuvre à court terme d’une politique d’incorporation de 10 % d’éthanol. Cela permettrait d’utiliser les stocks anciens de maïs, de produire des drèches et donc de réduire les importations. A noter les changements de modèles économiques structurels en Chine et en Asie du Sud-Est où les élevages de basse-cour deviennent des élevages industriels, ce qui va booster la demande.

Christophe Beaunoir du groupe Avril s’est particulièrement inquiété de l’arrivée d’une concurrence croissante de produits en provenance d’une part d’Amérique du sud (soja) et d’autre part d’Indonésie (palme) qui vont impacter en France la production de colza. « Le Diester produit à partir d’huile de soja ou de palme va arriver en France au même prix que le pétrole brut. Les surfaces de colza vont diminuer. Or pour chaque hectare de colza supprimé dans le paysage français, il va falloir importer 1,5 tonne de tourteau de soja et cette « farine » contiendra des OGM ! » a-t-il alerté. Une situation « étonnante » qui intervient au moment où les consommateurs européens demandent de plus en plus de produits (lait, œufs, viande) issus d’une alimentation animale sans OGM.