Pac 2020, plus et mieux d’EuropePublié le 20 juin 2018 par Isabelle DELOURME

Invités de la table ronde organisée par agridées le 14 juin 2018 sur le thème “Pac 2020, plus et mieux d’Europe”», quatre personnalités venues des Pays-Bas, d’Italie, de Roumanie et d’Allemagne ont réagi aux propositions législatives de la Commission européenne pour la période 2021-2017 présentées le 1er juin 2018, en présence de Pierre Bascou (DG agri, Commission européenne). Ecoutons-les !

 

 

 

De gauche à droite : Yves LE MORVAN, animateur des débats, Responsable Filières et produits à agridées, Pierre BASCOU, Directeur pour la durabilité et l’aide au revenu, Direction générale de l’agriculture et du développement rural à la Commission européenne, Esther WINTERHOFF, Conseiller à la Représentation permanente de l’Allemagne auprès de l’Union européenne, Paolo DI STEFANO, Chef du Bureau de la Confédération nationale italienne Coldiretti à Bruxelles, Maurizio REALE, Président de la Section Agriculture, développement rural, environnement du CESE (Comité économique et social européen) Florentina VOICU, Ministre plénipotentiaire à l’Ambassade de Roumanie à Paris, Robert BAAYEN, Chargé de la réforme de la PAC au Ministère de l’agriculture, de la nature et de la qualité alimentaire des Pays-Bas (Crédit photo I. DELOURME)

 

Robert BAAYEN, chargé de la réforme de la PAC au Ministère de l’agriculture, de la nature et de la qualité alimentaire des Pays-Bas :

Aux Pays-Bas, de plus en plus, la société se demande si l’agriculture est une source de solutions ou de problèmes. En conséquence on demande aux agriculteurs, davantage de durabilité, de bien-être animal, d’actions en faveur du climat,… Pour répondre à tout cela, nous souhaitons une PAC modernisée et simplifiée, qui renforce la position des agriculteurs dans la chaine alimentaire tout en incluant des mesures ciblées en faveur de l’environnement, du climat et des services publics environnementaux.

Nous avons besoin d’une évolution de la PAC vers des paiements ciblés en fonction des résultats obtenus et d’une démarche ascendante (bottom-up). En effet, les défis que les agriculteurs doivent relever sont variés. C’est pour cela que nous ne sommes pas en faveur d’un niveau uniforme de soutien à l’hectare au niveau européen. Il faut donner aux Etats-membres davantage de latitude pour ajuster les soutiens à leurs besoins et plus de responsabilité dans les contrôles. Les agriculteurs néerlandais ont besoin de modèles rentables et non punitifs. Il n’y pas toujours besoin d’utiliser le bâton alors que la carotte fonctionne mieux !

 

 

Paolo DI STEFANO, Chef du Bureau de la Confédération nationale italienne Coldiretti à Bruxelles :

En Italie, nous avons une diversité agricole comparable à celle que connaît l’Union européenne. C’est pour cela que nous sommes très sensibles à l’aspect « flexibilité » qui est actuellement proposé par la Commission européenne. Une nationalisation de la PAC doit être évitée. Nous sommes aussi en train d’étudier les conséquences pour l’Italie d’une convergence des aides européennes. Nous estimons qu’il faut donner « plus à ceux qui font plus » à niveau d’occupation et investissements pour la compétitivité et pas une somme identique à tous.

Nous avons aussi besoin d’une stratégie alimentaire européenne, capable de raconter aux consommateurs, aux citoyens ce que les agriculteurs font déjà au nom de la durabilité, et de défendre au niveau international le modèle de production européen.

 

 

Florentina VOICU, Ministre Plénipotentiaire à l’Ambassade de Roumanie à Paris :

La Roumanie a connu plusieurs grandes réformes agricoles avant de d’adhérer à l’Union européenne en 2007 et de connaître les évolutions de la PAC de 2007 et 2014. Celle qui se dessine pour la période post 2020 est considérée comme un « ajustement ». La Politique agricole européenne a été un succès pour l’agriculture roumaine. La Roumanie est aujourd’hui le 3ème exportateur de céréales de l’Union. C’est aussi pour cela qu’elle s’oppose au plafonnement des aides, susceptible de détruire la compétitivité des grandes entreprises agricoles roumaines.

 

 

Esther WINTERHOFF, Conseiller à la Représentation permanente de l’Allemagne auprès de l’Union européenne :

L´Allemagne est en train d’analyser les propositions de la Commission. A première vue, l´orientation « marché » reçoit un bon accueil de l’Allemagne, tout comme celles relatives aux deux piliers qui permettent d’apporter de la sécurité pour les agriculteurs, et de laisser de la latitude dans les choix des Etats-membres. C’est important pour nous de déterminer comment intégrer ou renforcer les mesures en faveur de l’environnement, du climat et des régions rurales. Mais, il faut faire la preuve d’une véritable simplification.

En revanche, sur la question budgétaire, l’Allemagne aspire à avoir un budget permettant la poursuite les objectifs de la future PAC. Mais le cadre financier global contraint avec le Brexit et la montée en puissance d’autres politiques, les propositions budgétaires de la Commission impliquent une forte augmentation de la participation financière de l’Allemagne pour la période post-2020 – ce serait certainement difficile.