Pandémie : Enjeux et responsabilités des exportations céréalièresPublié le 20 mars 2020 par Yves LE MORVAN

L’heure est au nécessaire confinement afin de pouvoir endiguer la pandémie.

Cependant il faut assumer la continuité du fonctionnement de pans entiers de notre économie qui s’avèrent vitaux. Ainsi les  filières céréalières et oléo-protéagineuses organisent toujours la logistique interne vers les clients de la nutrition animale, la meunerie, la trituration, l’amidonnerie…Lesquels industriels jouent à leur tour leur rôle dans un contexte dégradé…Pour servir les utilisateurs et consommateurs. Plus tard, quand le cap sera passé, viendront inéluctablement les temps de réflexion sur l’organisation de la chaîne alimentaire, la conception de la logistique et du stockage, l’origine, et globalement l’évolution de la PAC. Bref, un nécessaire débat sur l’ordre des priorités.

 

A ce stade, il pourrait se poser une question saugrenue : l’exportation des céréales constitue-t-elle aujourd’hui une priorité ?

Début mars les prévisions de FranceAgriMer estimaient les exportations françaises pour la campagne en cours à un haut niveau de 20,8 millions de tonnes pour le blé (en grain). Soit 8,1 MT vers l’Union européenne et surtout 12,7 MT vers les pays-tiers (+ 31% par rapport à n-1). Il en va de même pour l’orge vers les pays-tiers à 3,5 MT (+ 46% par rapport à n-1). Ces chiffres en forte croissance sont certes dûs à l’excellence qualitative et quantitative de la récolte 2019 mais également  à des difficultés variables rencontrées par les offres concurrentes. Plus profondément encore, ces volumes exportés résultent de la fiabilité et de la capacité rassurante de la France à servir ses clients dans un contexte de tensions additionnées, climatiques, sanitaires, monétaires, géopolitiques et sociales. Cela ressort d’un principe de responsabilité. Un principe qui participe à la définition de la souveraineté, laquelle ne se définit pas comme un repli sur soi.

 

A titre d’exemples proches, le premier pays importateur de blé français en volume est l’Algérie (A ce jour + de 3 MT d’importation), un client exigeant mais aussi fidèle. Un client qui a des droits, lui qui sera également  frappé par les crises sanitaire et économique (Hydrocarbures). Ou pensons au Maroc, pays cruellement touché par une dure sécheresse, qui a déjà importé 2 MT de blé, à 50% de France, et qui devra peut-être doubler ces volumes. Et importer aussi de l’orge afin d’éviter la décapitalisation des troupeaux dans les campagnes. Il y a d’autres exemples, mais chacun peut mesurer l’enjeu que représente la continuité de l’offre exportatrice française, même en ces moments difficiles en métropole. Il faut savoir remercier les entreprises et leur personnel qui participent à la chaîne exportatrice et qui tiennent leur rôle (OS, transports, silos portuaires, exportateurs…). La preuve permet de dépasser l’épreuve.

 

Il est commun aujourd’hui de comparer les sœurs latines, la France et l’Italie. En matière d’approvisionnement céréalier la France exporte, l’Italie importe, avec des risques de frictions logistiques même au niveau du marché intracommunautaire. Cela donne à réfléchir.

 

Alors, oui, plus tard, la prochaine PAC devra répondre à de nombreux enjeux, parfois antagonistes. Il faudra bien y réfléchir avant de s’interroger sur le rôle et la place des exportations. « Festina lente » disait l’empereur romain Auguste, qui savait ce qu’est une période troublée.