Pandémie et tourismePublié le 23 avril 2020 par Bernard VALLUIS

Moulin/Y.Le Morvan

La France est le pays le plus visité au monde avec 89 millions de touristes en 2018. Les statistiques mondiales classent ensuite l’Espagne (83 millions), les Etats-Unis (80 millions, la Chine (63 millions), l’Italie (62 millions), la Turquie (46 millions), le Mexique (41 millions), l’Allemagne (39 millions), la Thaïlande (38 millions) et le Royaume Uni (36 millions).

 

Lors de la propagation de ce qui n’était au début qu’une épidémie localisée dans la province chinoise du Hebei, principalement à Wuhan, la recherche dans chaque pays du patient zéro, celui par qui le virus du Covid-19 a été introduit dans chaque pays, s’est révélée impossible du fait de la rapidité et la densité du trafic aérien de voyageurs. Evidemment, selon les conditions d’organisation des relations sociales de chaque pays, du délai entre le constat des premières atteintes du mal et les mesures de distanciation sociale, et enfin des réponses sanitaires de chacun, les fréquences de contagiosité ont été plus ou moins intenses.

 

Aussi sans oser établir des corrélations entre la diffusion du Covid-19 dans chaque pays et la fréquentation touristique, il est troublant de constater un parallélisme entre le nombre de visiteurs étrangers, qu’il conviendrait d’affiner en prenant en compte la saisonnalité, et les sombres statistiques mondiales tenues à jour quotidiennement par la Johns Hopkins University. Par ailleurs il faut prendre en considération les relations d’affaires qui lient la Chine avec les membres de l’Union Européenne et les Etats-Unis, dont le rythme régulier aura sans doute été un facteur supplémentaire de propagation dans la saison hivernale de l’hémisphère nord.

 

Les décisions de fermeture des frontières ou de sévères filtrages des relations transfrontalières ont arrêté net à partir de mars 2020 le trafic des voyageurs, hors les mesures exceptionnelles de rapatriement des nationaux par chaque pays. Aussi lorsque le monde sortira de la pandémie, il est fort probable que de fortes restrictions s’appliqueront pour les franchissements de frontières en réduisant par conséquent l’activité touristique. Or en 2018, la part du tourisme avoisinait les 9% du produit intérieur brut de la France (208 milliards/2353 milliards d’euros). C’est dire combien les mesures consécutives à la pandémie auront des impacts négatifs du fait de la contraction du tourisme, ces effets s’ajoutant aux atteintes profondes de l’appareil productif comme de la consommation domestique.

 

 

De récents sondages permettent d’évaluer pour le mois d’avril des pertes de l’ordre de 50% du chiffre d’affaires pour les ventes en circuits courts, contrairement à l’idée largement répandue de leur augmentation, et une perte significative pour l’agritourisme correspondant aux annulations de séjour du fait des mesures de confinement. Dans quelle mesure le tourisme rural qui représentait jusqu’ici 30% de l’activité touristique totale va-t-il pâtir de la réduction du nombre des visiteurs étrangers, ou encore profiter de la « relocalisation » du tourisme national ? L’enjeu est de taille pour cette composante  du revenu agricole et de l’activité des zones rurales. Qu’il s’agisse de l’hébergement (gîtes ruraux, chambres d’hôtes, …) de la restauration (tables d’hôtes, dégustations des vins et produits de terroir) et des activités diverses de loisirs, le tourisme des français dans leur propre pays permettra-t-il de compenser la perte des visiteurs étrangers ?