Paris Grain Day 2019 prend la tension des marchés des grainsPublié le 12 février 2019 par Isabelle DELOURME

Pour sa 3ème édition, la conférence internationale sur les marchés des grains, “Paris Grain Day 2019”, organisée par Agritel s’est déroulée le 1er février 2019 à Paris, avec le soutien de ses sponsors (Crédit Agricole-CACEIS-Pleinchamp, InVivo Trading, Euronext, Accenture et le groupe Avril) et en présence de près de 250 experts internationaux.

Au-delà de la volatilité naturelle des cours des matières premières agricoles (céréales et oléagineux), les intervenants ont tenu à souligner la dimension géopolitique de plus en plus prégnante sur ces marchés. « Il me semble que nous allons assister au grand retour des politiques agricoles » a avancé Philipe Chalmin (président fondateur de Cyclope). Plusieurs mini-sondages en instantané auprès des participants ont indiqué une tendance baissière pour les prix des céréales et des oléagineux pour l’année 2019.

A l’occasion d’un tour du monde des marchés, André Sizov, consultant (SovEcon, Russie) s’est montré optimiste pour les prévisions d’exportation des blés russes, qui ont enregistré en 2018 leur récolte la plus importante). Les destinations pour le blé sont la Turquie, l’Egypte, mais aussi plus récemment au Vietnam, au Bangladesh et à l’Indonésie. Dans les deux prochaines années, les blés russes pourraient aussi concourir pour les appels d’offre de l’Arabie Saoudite et de l’Algérie. André Sizov a toutefois souligné la possibilité d’avoir des restrictions à l’exportation sur la fin de campagne, ce qui s’avèrerait mauvais pour la filière russe. Du côté américain, l’incertitude reste de mise quant aux volumes définitifs d’achats chinois de blé et de maïs, compte tenu des différents commerciaux entre ces deux pays. Stéphane Bernhard d’InVivo Trading a mis en avant l’esprit d’innovation de l’agriculture française pour permettre à la filière de s’adapter afin d’être concurrentielle. InVivo a ainsi développé un partenariat avec un fond de couverture et développé un outil pour produire des statistiques et prévoir la position des fonds algorithmiques (ceux-ci constituent par exemple 70 % des volumes sur CME).

Renault Quach (Donlik, Chine) a confirmé les besoins importants et croissants de la Chine en maïs, aussi bien pour l’utilisation en alimentation animale que pour la production d’éthanol et d’amidon. La consommation de viande augmente avec le taux d’urbanisation. Celui-ci pourrait passer de 59 % en 2017 à 65 % en 2020, et le parc automobile de 217 millions de véhicules à 280 millions sur la même période. Faute d’accord avec les USA, tout ce maïs pourrait venir d’Ukraine. De belles opportunités pourraient s’ouvrir à l’orge française en 2019 compte tenu de l’ouverture d’une enquête anti-dumping contre l’orge australienne, majoritairement exportée vers la Chine jusqu’en 2017.

L’Amérique du Sud, Brésil en tête se positionne pour fournir la Chine en graines de soja en lieu et place des Etats-Unis, et d’autres destinations. Pedro Dejneka (MD Commodities, Brésil) en est persuadé. « Nous pouvons monter en production, en soja, en maïs et en coton ». Le pays a vu ses exportations de graines de soja passer de 51 Mt il y a 3 ans, à 83 Mt cette année et pourrait en 2023 dépasser les 90 Mt. Des prairies peuvent être retournées en vue de la production de grains, la logistique s’améliore à partir de l’arc nord du Brésil, réduisant les coûts et délais de frêt et l’Argentine pourrait aussi facilement exporter 10 à 15 Mt/an.

Sur le grand échiquier des marchés de matières premières agricoles, une nouvelle partie a déjà commencé.

 

Voir aussi notre Note “Filière céréalière française, construire une stratégie