Premiers enseignements de la crise Covid19 pour le secteur agricole dans le monde d’aprèsPublié le 29 avril 2020 par agriDées

La crise du Covid19 est riche d’enseignements pour le secteur agricole dont il faudra se souvenir dans la période post-confinement, dite « le monde d’après » : le point de vue de Laurent Péron, consultant et fondateur du Cabinet Evoxya.

 

 

Des filières touchées très différemment

Cette crise sanitaire a conduit, pour les consommateurs, à un retour aux fondamentaux y compris en matière d’alimentation.

Ainsi la filière horticole qui produit des végétaux dits d’agrément a vu ses ventes s’effondrer le 17 mars avec l’entrée en confinement et la fermeture des magasins non essentiels. La réouverture des jardineries a permis pour certains de limiter les dégâts avec un enjeu économique important : un chiffre d’affaires de 14 milliards d’euros pour la filière et 70% des ventes entre mars et juin.

Pour les produits alimentaires les français se sont rués sur les aliments de base (farine, œufs …) et les produits de volume (fromage rapé, steak haché). Lidl annonce des ventes de farine et d’œufs de + 160 % par rapport à un mois de mars et avril normal.

Des changements majeurs de la part des acteurs agricoles dans un délai très court

Mais l’on retiendra également de cette période de confinement la créativité et la grande capacité d’adaptation du secteur agricole dans un délai très court.

On ne compte plus les sites e.commerce, les kits alimentaires, les systèmes de click and collect, de livraison montés en quelques jours par les agriculteurs ou les petits commerçants. On a même vu un drive dans une serre … en Suisse.

Le grand gagnant de cette période est le drive : + 150% de ventes du 16 mars au 10 avril pour les produits frais selon Nielsen.

Quoi de nouveau dans le monde d’après ?

Il faudra se souvenir de ces nouveaux services (e.commerce, click and collect, livraison…) dans le monde d’après car le consommateur ne reviendra pas à des achats à 100% en magasin après avoir goûter à la commande en ligne, à la réservation de créneaux de livraison. Le modèle hybride combinant lieu de vente et commandes en ligne devrait prévaloir, comme pour de nombreux autres secteurs.

Mais il faudra également capitaliser sur le retour au local, au Made in France pour consolider cet engouement qui ne doit pas être passager.

Il faudra donc stimuler la recherche de sens dans les achats, y compris alimentaires. Un sursaut patriotique serait le bienvenu pour les consomm’acteurs.

Il y a là une opportunité unique pour l’ensemble du secteur agricole de lancer collectivement (toutes filières confondues) une communication valorisant ce Made in France agricole à destination du grand public.

Au final cette crise a confirmé des préoccupations (équation économique fragile pour certaines filières, main d’œuvre saisonnière … ) du secteur agricole. Mais elle a également révélé de grandes forces (créativité, capacité d’adaptation…) sur lesquelles s’appuyer dans le monde d’après.

Les prochaines discussions politiques françaises et européennes (PAC 2021-2027) devront intégrer ces éléments.