Présidentielles 2017 : focus sur les programmes agricoles de quatre candidatsPublié le 17 mars 2017 par Isabelle DELOURME

Quelle est la politique agricole que souhaitent mettre en place les candidats à l’élection présidentielle de 2017 ? Pour répondre à cette question, le SNPAR (Syndicat National de la Presse Agricole et Rurale) a invité le 16 mars 2017 les représentants de quatre candidats à s’exprimer à tour de rôle pour une présentation de 15 minutes, suivie de 15 minuts de questions/réponses.

Retour sur ces quatre présentations :

 

 

  • Pour Emmanuel Macron : Audrey Bourolleau, Directrice générale d’une organisation professionnelle dans la filière du vin et Olivier Allain, Vice-président du Conseil régional de Bretagne en charge de l’agriculture et de l’agroalimentaire.

A partir de 3 000 questionnaires remontés du terrain et de centaines de compte rendus, le programme « agricole » d’Emmanuel Macron a identifié des freins et des attentes du monde agricole en matière de prix et de normes.

« Emmanuel Macron sera le candidat du juste prix payé aux agriculteurs et d’une meilleure répartition de la valeur. Notre clé d’entrée est l’alimentation. » ont indiqué ses représentants.

 

Le programme d’E. Macron considère que c’est à l’Etat d’accompagner la nécessaire transition des exploitations agricoles vers plus de compétitivité et plus de respect de l’environnement. Un Grenelle de l’alimentation réunissant les producteurs, les transformateurs, les distributeurs et les consommateurs est prévu, tout comme la réouverture de la loi de modernisation (« le prix d’achat doit au moins couvrir les coûts de production »).

 

Une 2ème mesure vise à consacrer 1 milliard d’euros pendant 5 ans, au sein de son plan d’investissement de 50 milliards, pour moderniser l’agriculture et lui permettre au travers de mesures agroenvironnementales et climatique à être plus résiliente.

 

3ème mesure : un  prêt d’honneur de 50 000 euros à 0 % avec un différé de 2 ans, sans caution et garanti par la BPI pour tout jeune qui s’installerait en agriculture.

 

4e mesure. Pour avoir plus d’équité et d’efficacité budgétaire, Emmanuel Macron suggère que la PAC s’oriente vers des aides contracycliques, avec plus de régulation et plus d’aides couplées.

 

De manière plus générale, le candidat propose de changer la philosophie de l’administration et de passer d’une administration qui sanctionne à une administration qui conseille, d’alléger les charges, de redonner du pouvoir d’achat au consommateur, d’introduire un droit d’équité pour les retraites, de renforcer la formation et d’éliminer les zones blanches sur tout le territoire. Il a également annoncé une loi en faveur de la biodiversité.

 

  • Pour Marine Le Pen : Gilles Lebreton, Député Européen :

 « Le programme de Marine Le Pen vise à restaurer la souveraineté alimentaire » a-t-il indiqué. « La PAC repose sur une philosophie beaucoup trop productiviste : 80 % des aides vont à 20 % des exploitations». Le programme agricole est centré autour de 3 objectifs :

 

1er objectif : instaurer un patriotisme alimentaire. Il s’agit de donner la priorité aux produits français notamment dans le cadre des appels d’offre (cantines, restauration d’entreprises, …), de mentionner sur l’étiquetage l’origine nationale, d’instaurer des droits de douane pour lutter contre le dumping social ou environnemental intra ou extra communautaire, de se dégager de la directive sur les travailleurs détachés qui permet de payer les charges sociales dans le pays d’origine, de rétablir des relations commerciales avec la Russie et de remettre en cause les accords commerciaux internationaux pour les renégocier.

 

2ème objectif : Encadrer la distribution. Le programme vise les marges des distributeurs de produits alimentaires. Il propose d’interdire les promos choc (ventes à perte) et de renforcer les pouvoirs de l’Etat, pour permettre la conclusion de contrats a priori, dont l’autorité de la concurrence pourrait être chargée.

 

3è objectif : Restaurer les aides de la PAC vers une Politique Agricole Française (PAF). Dans un premier temps le niveau des aides à l’agriculture serait maintenu (9 milliards d’euros), voire augmenté si besoin et distribué non plus à l’hectare mais pour défendre le modèle de l’agriculture familiale, qui permet de garder du lien social, de préserver les paysages et d’éviter la désertification des campagnes et la santé publique.

Le programme de Marine Le Pen prévoit 6 mois de négociations pour faire accepter ses propositions d’Europe des Nations à l’UE, avant d’envisager un référendum pour sortir ou rester dans l’union et ensuite un délai de 2 ans éventuellement pour quitter l’UE. « Au bout de 2 ans, nous nous efforcerons de fixer un prix minimum garanti, après négociation avec les syndicats, pour que les agriculteurs puissent vivre de leur travail sans avoir besoin d’aides » a précisé Gilles Lebreton, ajoutant que ce sera progressif.

 

Sur le plan général, le programme de Marine Le Pen propose notamment d’intégrer la MSA dans le régime général de Sécurité Sociale, de rehausser le minimum vieillesse des agriculteurs, d’instaurer le haut débit 4 G dans les campagnes, de rediriger les 50 milliards du CICE vers les TPE-PME. Les biocarburants et la chimie verte ne figurent pas parmi ses priorités.

 

  • Pour Benoît Hamon : Eric Andrieu,  Député Européen.

 

Sur le plan international, Benoît Hamon revendique la sortie de l’agriculture de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et demande l’exception agriculturelle au même titre que pour la culture. Il propose de créer une organisation mondiale de l’agriculture et revendique une présence plus forte dans les organisations internationales (G20, FAO,…).

 

Pour relégitimer l’agriculture, qu’il estime repliée sur elle-même, Benoît Hamon suggère de la lier à l’alimentaire, et ceci autour de 3 enjeux majeurs : la nutrition et la santé, l’agroécologie qu’il compte amplifier, l’économie. Concernant la nutrition et la santé, il propose de conscientiser l’enjeu alimentaire autour d’un vaste plan de santé publique. Il veut sanctuariser le principe de précaution (« ce qui ne veut pas dire empêcher le progrès, l’innovation et la recherche »), interdire les OGM, créer une aide personnalisée à l’alimentation aux personnes à faible revenu, encourager la recherche agronomique sur le bio, et garantir une plus grande transparence dans la gestion des risques.

 

-Benoît Hamon suggère, pour préparer l’agriculture à la transition écologique, la création d’un observatoire de veille sur le changement climatique, l’aide à la chimie verte et la gestion des ressources (eau, air,…). Il souhaite le renforcement du programme 4 pour mille, le développement des énergies renouvelables, de relancer la directive sur les sols, de favoriser l’agriculture durable et le respect du bien-être animal, tout en renforçant la liberté de choix des agriculteurs.

 

-Sur le plan économique, le programme de Benoît Hamon envisage, pour permettre aux agriculteurs de vivre décemment de leur travail, de refonder la politique commerciale en refusant les accords de libre-échange bilatéraux. Il considère que la PAC n’est pas une véritable politique publique, dans la mesure où bien que représentant 38 % du budget européen, elle n’est financée qu’à partir d’un prélèvement de seulement 1 % du PIB de chaque pays. En prenant exemple sur les fonds alloués à l’agriculture sur d’autres continents, Benoît Hamon revendique une PAC avec plus de moyens, dès lors qu’elle s’adressera aux agriculteurs et à la société.

Benoît Hamon entend mettre en œuvre une réforme des mécanismes de marché, via l’introduction d’outils de gestion de crise mixtes (assurantiels et contracycliques) à l’échelon national et européen. Il souhaite renforcer la position de agriculteurs dans la chaine alimentaire en les incitant à s’organiser davantage via les interprofessions, les coopératives et en favorisant la politique contractuelle. Il suggère aussi de créer un observatoire européen des prix et marges.

Benoît Hamon entend développer le modèle de l’agriculture familiale qui dégage le plus de solutions pour préserver la qualité, l’environnement et l’emploi. Il faudra toutefois la différencier et l’accompagner et mettre en place un Grenelle de l’agriculture et de l’alimentation et demander une législation européenne sur la chaine alimentaire.

 

  • Pour François Fillon : Michel Dantin, Maire de Chambéry et Député Européen.

 

Le programme agricole de François Fillon repose sur quatre points :

 

  • 1er point : rendre aux agriculteurs la liberté d’entreprendre et d’innover. Il souhaite relancer une dynamique d’innovation des agriculteurs et davantage d’oxygène. Il propose qu’ils puissent utiliser les mêmes produits phytosanitaires que leurs collègues des pays voisins, une baisse des charges sociales compensée par une augmentation des taux de TVA les plus hauts, de simplifier le cadre juridique des activités agricoles ou autres des exploitants (trouver un nouveau statut de l’entreprise agricole), de transmettre plus facilement le capital d’exploitation.

François Fillon suggère d’étendre et d’élargir la dotation pour aléas à un pourcentage du chiffre d’affaires, de transférer la couverture du risque climatique à un fonds de mutualisation géré par les agriculteurs. Il propose d’abroger le principe de précaution de la Constitution, car il s’est transformé en frein au progrès et suggère d’aider notamment la recherche génétique sur les semences.

 

2ème point : mettre en place un commerce plus équitable. François Fillon considère qu’il faut revoir les règles de la LME, devenue un piège au détriment des agriculteurs, en encadrant par la loi les négociations entre producteurs, transformateurs et distributeurs ; réviser les règles de l’étiquetage en informant le consommateur sur l’origine et le prix de base payé à l’agriculteur pour la matière agricole.

 

3ème point : miser sur la compétitivité. Aucun modèle agricole n’est favorisé (agriculture bio, circuits courts, agriculture raisonnée, …). « Nous pensons que différents processus commerciaux peuvent coexister. Nous voulons laisser au chef d’entreprise la capacité de choisir son modèle et son circuit de commercialisation » explique Michel Dantin.

 

4ème point : construire une politique agricole simple, ambitieuse et réactive : François Fillon souhaite que le débat sur la future PAC qui pourrait être repoussée à 2023, compte tenu du Brexit, soit posé dès cet automne au Parlement européen, afin de savoir si l’Europe doit rester la gardienne des accords de l’OMC ou comme d’autres pays (USA, Chine, Inde, …) s’en affranchir. Selon la réponse, la Commission pourra alors bâtir un projet ou un autre. François  Fillon souhaite toutefois que la PAC conserve deux priorités : la gestion des risques et le soutien à l’investissement.

« Il faut inverser le droit européen sur la concurrence » a également souligné Michel Dantin. Il doit évoluer vers le citoyen-travailleur et non plus citoyen-consommateur,  pour prendre en compte l’activité économique sur les territoires.

 

Pour aller plus loin :

Il existe différents comparateurs de programmes, tel celui de l’IFRAP : http://www.ifrap.org

Retrouvez aussi les programmes de ces quatre candidats sur leur propre site  internet :

-Emmanuel Macron : https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme

-Benoît Hamon : https://www.benoithamon2017.fr/le-projet/

-Marine Le Pen : https://www.marine2017.fr/2017/02/04/projet-presidentiel-marine-le-pen/

-François Fillon : https://www.fillon2017.fr/projet/