Production d’énergie par l’agriculture : priorité à la méthanisationPublié le 28 juillet 2020 par Marie-Cécile DAMAVE

Le 16 juillet 2020, l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST) a publié un rapport de 211 pages intitulé « L’agriculture face au défi de la production d’énergie[1] ». Les experts d’agridées font partie des personnes auditionnées par l’OPECST pour préparer ce document.

 

Ce rapport présente un état des lieux des dimensions économiques, techniques et réglementaires des énergies produites par le monde agricole, à partir de la biomasse (biocarburants, biogaz) et des surfaces agricoles (éolien, photovoltaïque, géothermique, hydraulique). Il se concentre sur le territoire national, voire européen (à noter une comparaison intéressante des mix énergétiques et des productions d’énergie d’origine agricole entre différents Etats membres de l’Union européenne), mais explore rarement les enjeux au-delà des frontières de l’UE. Il détaille les bilans énergétiques et environnementaux de chaque type d’énergie que peut produire et consommer le monde agricole et accorde une large part aux avancées technologiques.

Dans ce rapport, l’OPECST se positionne pour donner la priorité à l’alimentaire en cas de conflits d’usages, situe la production d’énergie par le monde agricole dans le cadre de la bioéconomie[2] et l’énergie circulaire, de l’agroécologie et l’agroforesterie. Il demande à développer la production d’énergie par l’agriculture en actionnant différents leviers (incitations, tarifs, appels d’offre, fiscalité, formation) dans une logique de projets de territoire. L’Office appelle à davantage de cohérence dans la politique énergétique nationale avec une meilleure articulation des travaux impliquant plusieurs ministères, le renforcement du rôle du Parlement et l’intégration d’un volet agricole dans la stratégie de recherche en énergie.

C’est la méthanisation qui sort gagnante de ce rapport : selon l’OPECST, c’est un « mode de production d’énergie vertueux et majeur à privilégier dans le monde agricole et qui lui est spécifique », « elle bénéficie d’une proximité avec l’activité agricole et lui est complémentaire, sans induire de risques de conflits d’usage » et « favorise l’économie circulaire, avec le traitement des déchets fermentescibles ». Certes, mais ne peut-il y avoir conflits d’usage pour les mêmes ressources avec l’alimentation animale ?  Le rapport fait le choix des Cultures Intermédiaires à Vocation Energétique (CIVE), des haies, du miscanthus, des sarments de vigne pour alimenter le méthaniseurs. Quid des effluents d’élevage ? La méthanisation n’est-elle pas avant tout une méthode de choix pour gérer et valoriser ces déchets, et réduire les émissions de méthane des animaux ? Peut-être que trop peu de représentants du monde de l’élevage ont été auditionnés par l’OPECST dans cette étude.

Par ailleurs, ce rapport avance plusieurs propositions intéressantes de l’ordre de la qualité, son suivi et sa labellisation. Une certification des projets conduits sous un label « agroénergie » pourrait ainsi être mise en place. Pour améliorer la qualité des méthaniseurs, l’OPECST propose de tracer la qualité des intrants (pouvoir méthanogène), des digestats et des installations (contrôles de sécurité, réduction des fuites de méthane, CO2 et ammoniac).

Pour les autres types d’énergies produites par le monde agricole, les propositions de l’OPECST sont surtout de l’ordre de l’innovation technologique : intégrer les services de l’intelligence artificielle pour optimiser la production d’énergie des panneaux photovoltaïques, développer les biocarburants de deuxième génération et aéronautiques (mais certains projets emblématiques de deuxième génération tels que BioTfuel et Futurol ne sont pas mentionnés), mettre en place des infrastructures de stockage d’énergie à travers le « power to gas » pour produire de l’hydrogène et/ou du méthane de synthèse, utilisable dans les piles à combustibles. Notons qu’une semaine avant la parution de ce rapport, la Commission européenne a publié sa stratégie pour l’hydrogène au service de la neutralité carbone. Il n’y est pas fait mention de l’agriculture.

 

Rendez-vous le 29 septembre 2020 pour notre conférence-débat sur le thème « Entreprise agricole et défi climatique », où il sera question de méthanisation.

 

[1] Le rapport complet, sa synthèse et son infographie sont disponibles ici : http://www.senat.fr/espace_presse/actualites/202007/lagriculture_face_au_defi_de_la_production_denergie.html

[2] Voir la note d’agridées (2018) : Bioéconomie : entreprises agricoles et société, une urgence partagée