Ah, mes privilèges ! Publié le 30 juin 2015 par Patrick FERRERE

Qui n’a entendu dans les conversations, dans les débats médiatisés, dans les déclarations des responsables politiques : «  la France n’est pas réformable, sauf à arriver à des situations extrêmes » ?

 

Refaisons un peu d’histoire et posons-nous la question de l’interprétation et de ses conséquences de la nuit du 4 août 1789. Le peuple de Paris va à Versailles chercher du pain et obtient l’abolition des privilèges. Mais n’oublions pas que la révolution française est une révolution « bourgeoise » : ce qui a été obtenu n’est pas la fin des privilèges mais leur extension.

Depuis lors, le principe d’égalité est affiché sur tous nos frontons. Mais de fait, ce n’est pas de l’égalité qui est recherchée par les uns ou les autres : c’est l’accès à des privilèges, enviés par conséquent acceptés.

 

Depuis une cinquantaine d’années, la France a permis, par l’essor de son économie ou par endettement, de donner, au-delà des avancées sociales, des privilèges aux uns ou aux autres. Aujourd’hui, il faudrait savoir en remettre en cause un certain nombre car la situation l’exige. Mais personne ne veut perdre ses privilèges. Comment réformer dans ces conditions ?

 

Toutes les strates de la société sont concernées. Le candidat à l’élection fait promesses de privilèges, souvent communauté par communauté ; l’élu pense conserver son poste en les distribuant ; nombre d’entre nous cherchent comment s’exempter de règlementation, de pénalisation par passe-droit ou mise en place de modalités favorables adaptées.

 

Cette attitude, c’est notre ADN  que certains pourraient considérer comme une marque de fabrique de l’identité française. Elle s’est exprimée dans tous les grands moments de notre histoire, exceptions faites  de ceux qui, par leur intensité et leur force, ont permis de transcender cette posture.

 

Nous sommes les héritiers de ce mensonge sur la nuit du 4 août 1789. Prenons-en humblement conscience et essayons d’avancer de façon plus pragmatique face aux situations auxquelles nous sommes confrontés en ces temps incertains. Difficile, car les privilèges vont de pair avec la notion de monarchie républicaine.

 

 

Patrick FERRERE est Délégué Général de saf agr’iDées

@SAFThinkTank