Animal, être vivant sensible : une histoire de porte ouverte Publié le 2 mai 2014 par

L’Assemblée nationale, le 15 avril 2014, s’est livrée à un nouvel exercice politique selon les dires des députés : celui du pied dans la porte … pour qu’elle reste ouverte ! Entendez qu’un amendement adopté dans le cadre de la prochaine loi sur la modernisation et la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures propose d’enlever aux animaux le qualificatif juridique de « meubles ou d’immeubles par destination ». Une fois la loi adoptée, les animaux seront en vertu du code civil « des êtres vivants doués de sensibilité ». Cette évolution serait sans conséquence et ne serait « qu’une porte ouverte ».

Mais ouverte sur quoi ? Sur un nouveau texte qui irait dans le sens des défenseurs de la « cause animale » et sortirait  les animaux du statut des biens ? Sur des modifications des législations particulières sur l’élevage, la tauromachie, le statut du cheval, pour accompagner la sensibilité nouvelle des animaux par de nouvelles règles ?

La porte est aussi ouverte sur des enjeux éthiques et moraux, sur une nouvelle idéologie. Derrière les discussions juridiques, se joue aujourd’hui la façon dont la société, très urbanisée et « urbaine» dans son mode de pensée, réfléchit ses relations avec l’animal, le personnifie et ainsi le crée de nouveau. Au final, la société s’interroge sur sa propre humanité et sa capacité à éprouver de la sensibilité, de l’empathie et de la compassion à l’égard des non-humains. C’est pourquoi, la question juridique sur la mise en place des systèmes de protection de l’animal contre des mauvais traitements, est dépassée pour ouvrir la porte sur un autre système de valeurs : réfléchir autrement les rapports entre l’homme et l’animal et revoir la place de l’animal dans la hiérarchie des valeurs de la société.

« On dirait une blague, c’est pourtant vrai. On dirait un détail, c’est un enjeu de société monumental. » lisait-on dans l’édito d’un grand magazine féminin faisant référence à ce « sujet sensible » la semaine passée …

Alors, le statut de l’animal, sujet tabou ? Non ! Le monde agricole et ses filières doivent oser sortir des discours techniques pour aller sur des débats avec la société sur les valeurs et les enjeux. Un bon projet, y compris d’élevage ou alimentaire, n’est pas seulement un bon projet technique. C’est un projet partagé et compris par la société. Osons aussi rappeler que le statut juridique de l’animal est aussi une question de choix alimentaires, culturels, sociaux et environnementaux à assumer collectivement ! Que veut-on dans nos assiettes aujourd’hui … et dans 10 ans ?A quels prix pour le consommateur ? A quels coûts pour les producteurs ? A quelles conditions sociales en termes d’emplois ? A quelles conditions environnementales et sanitaires ?

Carole HERNANDEZ–ZAKINE, Responsable territoires et développement durable, saf agr’iDées

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