Changement d’échelles et de modèles pour nos agricultures Publié le 25 juillet 2014 par

Les agricultures du monde sont entrées dans une transformation résultant de forces apparemment contradictoires. L’agriculture est dépendante à la fois du système technique de la société dans laquelle elle s’insère, de la poursuite du processus incessant de domestication des êtres vivants, de problématiques économiques, de changements générationnels et de l’imaginaire sociétal global. Ces cinq composantes connaissent une évolution accélérée convergente. Ce n’est pas un arrêt de «l’artificialisation» de la nature (dans le sens de René Dumont), c’est plutôt un processus de «concrétisation», pour reprendre le concept du philosophe Gilbert Simondon. Des approches techniques, présumées contradictoires se montreront complémentaires et se corrèleront en relation avec les évolutions des exigences collectives. Même s’il faudra du temps.

Notre système technique se transforme rapidement (l’économiste Jeremy Rifkin parle de «Troisième révolution industrielle»), tout comme la domestication du vivant, conséquence de l’amplification des connaissances scientifiques notamment. Dans les deux cas, on peut parler de rupture. La mondialisation met en concurrence toutes les agricultures du monde; même si ce n’est pas nouveau, c’est l’échelle du phénomène qui change. Quant à l’imaginaire collectif, il évolue partout dans la même direction: ce sont les citadins qui désormais le construisent. L’urbanisation du monde accentue la ruralisation des territoires. Une minorité d’agriculteurs, dont la proportion dans les populations nationales diminue partout, doit produire pour une population urbanisée qui imagine l’agriculture mais ne l’observe pas forcément. Un nouveau besoin de proximité conduit à l’interpénétration de l’urbain et du rural qui entraine une complexification de la relation systémique des filières et des territoires.

L’agriculture a donc besoin d’une croissance rapide du nombre des acteurs agricoles conscients de la situation. Un agriculteur doit devenir un entrepreneur, innovant et communiquant. Or les jeunes futurs agriculteurs font partie de la nouvelle génération; après la génération Y, on parle désormais de la génération C, pour «connectée». Davantage encore que pour les urbains, leur connexion au monde moderne et à tous ses territoires (comme le préconise saf agr’iDées dans son Rapport 2013) est un support majeur de leur réussite!

Sur cette analyse, l’Institut Polytechnique LaSalle Beauvais qui forme des ingénieurs généralistes, a lancé, en septembre 2014, un nouveau parcours d’approfondissement (les deux dernières années du cursus) appelé EIA pour «Entreprenariat et Innovation en Agriculture». Treize élèves ont choisi ce parcours en septembre 2014. Plus de trente élèves le choisissent pour septembre 2015. Tous ont un projet de reprise ou de création. Ouvert aussi en «admission parallèle», sur dossier, aux Français comme aux Etrangers ce nouveau parcours EIA a pour but de former des acteurs agricoles moteurs de la transformation de nos agricultures, transformation multiple, qui s’accélère un peu plus chaque jour…

Michel DUBOIS est administrateur de saf agr’iDées

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