Et si le « vivre ensemble » passait par un contrat ? Publié le 9 janvier 2020 par agriDées

Mickaël Poillion, agriculteur et maire, n’est pas surpris de l’émergence du débat des distances d’épandage des pesticides. Pour lui, la solution pourrait être de passer par un Contrat de société pour sanctuariser les sols et la ceinture verte des villes et villages.

 

Je fais partie de ces maires qui ont la double qualité, maire et paysan, et je vois émerger des conflits d’usage lié notamment au fossé qui se creuse chaque jour entre urbains et ruraux ou plutôt entre ceux qui souhaitent un changement radical et les plus conservateurs. Depuis plusieurs décennies, des personnalités qualifiées alertent sur les potentiels conflits d’usage autour de la terre, entre l’agriculture et la société. Ils en appellent pour la plupart à réinventer la démocratie locale et à faire du dialogue territorial un outil permanent d’émergence des projets ou tout au moins de conciliations des différentes utilisations des territoires qui deviennent multifonctionnels. Imaginer un nouveau contrat de cohabitation, ce n’est pas nouveau, les Contrats Territoriaux d’Exploitation, créés par Bertrand Hervieu et mis en pratique par Jean Glavany, étaient nés de cette volonté. J’ai la chance d’avoir un village entouré d’une ceinture verte comme on aime l’appeler chez les urbanistes. Elles ne viennent pas de nulle part, non, elles sont le fruit du travail de l’éleveur et de la place de l’animal comme aménageur de l’espace. Cependant le recul de l’élevage au profit de cultures met en péril ces ceintures vertes dans la mesure où labourer des prairies est un sport local très pratiqué, malgré les rappels de la réglementation liée notamment à l’eau. L’élevage dit plus intensif dont le symbole est désormais la ferme des 1 000 vaches est entouré de cultures, pas d’herbages dans la mesure où les animaux sont nourris à l’auge. Le paysage et les pratiques ne sont pas les mêmes. J’ai aussi la chance de ne pas vivre cette frénésie du pavillon sur le village mais je ne dois pas aller bien loin pour voir ce phénomène dans une région périurbaine comme la mienne qui est marqué par des zones d’activités et commerciales défigurant nos entrées de ville et poussant les habitants à se déplacer exclusivement en voiture et à aller toujours plus loin de leur travail pour trouver un coin de terrain pas trop cher…

 

 

Retrouver cet article dans le numéro 239 de décembre 2019 de La Revue Agridées.

 

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Tribune Mickael Poillion -LRA 239 P20
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