Glyphosate : une certification de l’agriculture de conservation pour sortir de l’impasse Publié le 15 novembre 2019 par Jean-Baptiste MILLARD

Jeudi 14 novembre 2019, agridées a accueilli Les Rencontres de l’Essonne sur le thème « Cycle croissance verte : Quels leviers pour rendre l’agriculture plus durable ?»[1].

 

L’agriculture durable est la déclinaison en agriculture du développement durable : un développement qui répond aux besoins présents, sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. Intégrée dans l’un des 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’Agenda 2030 de l’ONU, l’agriculture durable consiste donc à pratiquer une agriculture économiquement efficace, écologiquement responsable, socialement équitable.

 

L’agriculture de conservation des sols a été clairement identifiée par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) comme participant à une agriculture durable. Il s’agit de méthodes culturales qui maintiennent une couverture permanente du sol, avec des couverts d’interculture, une perturbation mécanique minimale des sols et une diversification des espèces végétales. Cette combinaison de pratiques a pour vertus de réduire la dégradation des sols en limitant notamment leur érosion et d’améliorer leur fertilité en utilisant intensivement les processus biologiques et écologiques de l’écosystème du sol. L’agriculture de conservation favorise ainsi la biodiversité au-dessus et en dessous du sol et, au regard du défi climatique, augmente la captation du carbone dans les sols tout en en limitant les émissions par une réduction du travail du sol.

 

Problème : l’agriculture de conservation a recours à des herbicides. Le glyphosate est privilégié car très économique et efficace. Il participe ainsi à un système agro-écologique vertueux et performant.

 

La mission parlementaire d’information sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate ne s’y est pas trompée. Dans son rapport d’étape paru le 13 novembre 2019[2], la mission d’information concède que « le cas le plus sensible, par ses enjeux agronomiques et environnementaux, est celui des exploitations pratiquant l’agriculture de conservation sans labour » et admet « qu’un usage raisonné de la substance permet de diminuer au global l’utilisation des herbicides ».

 

Déjà en 2017, l’INRA avait constaté[3] qu’en l’état actuel des connaissances, il n’y avait pas d’alternative efficace au glyphosate pour entretenir une parcelle dans la durée sans travailler le sol.

 

En définitive, la mission d’information admet que le travail du sol demeure la seule méthode convaincante pour remplacer le glyphosate, annihilant de ce fait tous les atouts de l’agriculture de conservation.

 

Aussi une interdiction de la molécule en 2021 mettrait paradoxalement les exploitants pratiquant ce système vertueux en grandes difficultés, quand il convient au contraire de soutenir cette trajectoire.

 

Alors face à une volonté politique de sortie de glyphosate qui ne fléchit pas mais qui admet la possibilité de dérogations justifiées, que faire ?

 

Selon nous, la certification des exploitations pratiquant l’agriculture de conservation, qui font un usage modéré du glyphosate, apparaît de plus en plus comme une voie de sortie pour lui permettre, en étant mieux reconnue, de se développer et de démontrer ses aménités.

 

L’agriculture biologique et l’agriculture de conservation des sols concourent chacune à la promotion d’une agriculture durable. La première a son label, la seconde mérite sa certification.

 

 

[1] En présence de François Durovray, Président du Conseil départemental de l’Essonne, Samuel Vandaele, Président de Jeunes Agriculteurs et Antoine Guibourgé, Directeur de Studio Mugo.

 

[2] Rapport d’information par la mission d’information de l’Assemblée Nationale sur le suivi de la stratégie de sortie du glyphosate.

 

[3] Rapport sur les usages et les alternatives au glyphosate dans l’agriculture française, INRA, novembre 2017

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