“L’agriculteur augmenté, au service d’un monde plus réaliste” Publié le 19 octobre 2018 par Marie-Laure HUSTACHE

Marie-Laure Hustache, responsable communication à agridées

Le passage au XXIe siècle et l’avènement de nouvelles technologies intelligentes a favorisé l’apparition de « super-agriculteurs », c’est-à-dire de femmes et d’hommes bénéficiant d’un appareillage numérique nouvelle génération qui, combiné à des savoirs agronomiques enrichis, leur permet d’améliorer comme jamais leur qualité de présence sur l’exploitation. Forts de ces compétences amplifiées, ces agriculteurs augmentés peuvent limiter l’impact de leurs actions et développer chaque jour un peu plus des approches modérées et plus qualitatives dans leur quotidien. Et tout ceci dans le respect des ressources naturelles, de l’environnement, et des attentes des consommateurs qui sont de plus en plus identifiés comme des « agrimangeurs »,
davantage conscients que ce qui est dans leur assiette a une histoire, une traçabilité et un impact. Cette agriculture de précision et de décision est notamment rendue possible par le numérique et la robotique, mais aussi par l’agroécologie, les biosolutions, les principes de
préservation des sols, au moment où se mettent en place de nouveaux modes d’organisations dynamisés par les réseaux sociaux (cofarming, crowdfunding, vente en ligne…).

En 2018, l’agriculture en France est donc plus que jamais plurielle, elle est le fait d’agricultrices et d’agriculteurs qui n’ont jamais autant disposé d’outils pour piloter de façon interactive, impliquante, responsable et autonome leurs fermes. Ces « pro » du digital se trouvent dans tous les domaines : dans l’élevage, en grandes cultures, en viticulture, en production biologique ou conventionnelle, à la campagne et en ville. Alors que les menaces sur la biodiversité et les écosystèmes se précisent, nous assistons aujourd’hui peut-être pour la première fois de l’histoire de l’humanité à l’instauration d’une authentique relation harmonieuse entre la nature
et les agricultures, grâce à une combinaison d’intelligences qui humanisent le numérique et numérise notre rapport aux phénomènes naturels si merveilleusement complexes.

Formés, connectés, curieux : ces agriculteurs d’un nouveau genre sont des émetteurs-récepteurs, ce qui les rend « super-pédagogues » et capables d’accompagner les cultures vers la maturité de la manière la plus bienveillante et durable qui soit. L’agriculteur du XXIe siècle est en passe de convertir ses compétences en une forme d’enseignement destiné à mieux nous nourrir. Ouverts au dialogue, ces agrinautes échangent eux et partagent leurs bonnes pratiques
(cf. l’association France Agri Twittos). Plus que jamais présents sur les réseaux sociaux, ils communiquent sur leur métier, au quotidien, avec les agrimangeurs-citoyens. Chacun peut s’en rendre compte, notre perception de l’agriculture est en train d’évoluer. Internet et son accès
généralisé nous a rendu plus conscients du nombre de « bouches à nourrir » aujourd’hui
et demain, sur une planète incroyablement riche et pourtant fragile. Nous voici probablement
entrés dans une phase de mutation où notre vulnérabilité d’êtres vivants nous semble corrélée à celle de notre terre nourricière d’une façon étonnamment intime. Et si les agriculteurs de demain étaient les thérapeutes du monde à venir ?

 

 

Cet article publié dans le dossier Les défis du numérique agricole” du numéro 232 de La Revue agridées (janvier-mars 2018) a reçu la Plume d’argent lors de la 4ème édition des Plumes et Caméras de l’économie et du droit, catégorie « prospective et innovation juridique » / presse professionnelle du BLF (Business & Legal Forum for Ethics & Performance).

 

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