L’avenir des agricultures passera par des intelligences combinées Publié le 11 octobre 2018 par Marie-Laure HUSTACHE

Les agricultrices et les agriculteurs, qui travaillent au quotidien avec le vivant, doivent combiner au moins deux intelligences complémentaires. La première, “programmative”, qui relève de l’anticipation d’un certain nombre de phénomènes plus ou moins souhaitables, et la seconde résolument “adaptative”, qui suppose une bonne dose de sang froid et de pragmatisme pour être capable de prendre la bonne décision à l’instant T. Autant dire que la fonction de l’agriculteur est complexe et qu’elle ne laisse pas de place à l’amateurisme, au risque d’en subir les conséquences d’une manière ou d’une autre.

 

Etre cultivateur, éleveur, etc . dans le but de produire et de valoriser des matières naturelles consiste donc à se « coltiner le réel » et ses impondérables en capitalisant sur ses connaissances, son expérience, ses outils et ses ressources humaines. Or il se trouve que cette équation déjà fort instable est prise à partie par des problématiques environnementales et climatiques préoccupantes accentuées par  une tendance à la collapsologie quasi généralisée.

 

 

Car la planète va mal et les premiers à s’en rendre compte sont forcément celles et ceux qui sont directement en contact avec les phénomènes vivants et naturels, leurs cycles et leur équilibre. Or l’agriculture, ou plutôt les agricultures, pourraient également être envisagées comme une forme de thérapie des terroirs. Dans ces conditions, l’idée même d’agriculture ne serait plus seulement à penser comme uniquement nourricière pour les « agrimangeurs » que nous sommes, mais également comme une attention portée à la santé de l’environnement et à son équilibre en revenant au bon sens, aux principes, aux savoirs, à la combinaison des intelligences disponibles. Un tel changement, déjà initié par certains, contribuerait à optimiser notre avenir en tant qu’espèce et nous inciterait également à penser le futur sans plus être aveuglés par le seul profit ou entrainés par nos mauvaises habitudes.

 

 

L’agriculteur se projette dans le futur depuis toujours, et c’est pourquoi il sait mesurer les effets bénéfiques ou catastrophiques de ses actions. Les dispositifs et objectifs en place depuis des décennies parasitent trop souvent ce bon sens et cette philosophie pratique. Il est plus que temps de franchir une étape supplémentaire en matière de pensée agricole et d’imaginer une intelligence étendue pour interagir utilement et durablement avec notre biotope originel.

 

Marie-Laure HUSTACHE, Responsable communication d’agridées

@SAFThinkTank