Les acteurs agricoles, membres volontaires de la société civile Publié le 22 février 2017 par Damien BONDUELLE

La société civile rappelle régulièrement au monde agricole ses attentes, en matière de consommation alimentaire, parfois contradictoire et difficiles à interpréter, mais souvent basées sur le respect des personnes, des biens et des animaux. Elle attend du producteur que sa prestation, dûment souhaitée, réponde aux règles minimales de la sauvegarde de nos ressources et le respect d’une éthique partagée. En satisfaisant ces exigences, les acteurs agricoles sont ainsi devenus des membres reconnus de la société civile.

Les producteurs ont fortement évolué de leur propre volonté ou par obligation de s’adapter aux contraintes réglementaires. Les pratiques de ces dernières années vont bien dans ce sens. Mises aux normes d’ateliers et modification des pratiques pour l’élevage, baisse considérable des produits phytosanitaires pour les cultures, traçabilité des produits, entretien du paysage, etc…, les exemples positifs ne manquent pas. C’est ainsi que l’ensemble des acteurs agricoles sont progressivement devenus partenaires reconnus de la société civile, fournisseurs de produits alimentaires et de services. Les nouvelles technologies sont maintenant autant disponibles dans le domaine agricole que pour tout autre activité. Les limites du possible reculent, et de plus en plus d’applications sont ainsi adaptées pour accompagner ces changements.

 

Concilier demande et savoir-faire
Soulignons toutefois un paradoxe : on attend d’un côté que l’exploitant agricole prenne
en compte les aspirations du citoyen et les intègre dans sa réflexion entrepreneuriale, et
ainsi ne se considère plus comme une exception avec traitement de faveur. Et dans le même
temps, ce même acteur agricole vivra toujours le côté aléatoire de son activité de gestion
du vivant, dû aux risques typiquement liés à la nature de sa production. Son métier reste
donc spécifique, même si on cherche à en diminuer l’effet. Dans ce domaine, il s’agit d’assurer
la sécurité d’approvisionnement à un marché toujours plus exigeant sur ce critère,
ce qui reste malgré tout très incertain, mais pour lequel des mesures particulières sont mises
en oeuvre concernant l’équilibre des revenus des entreprises agricoles, comme l’assurance
par exemple. Répondre ainsi aux attentes sociétales demande la mise en place d’outils
adaptés pour rendre cette volonté d’équité possible en apportant, en retour, la même sérénité
aux acteurs agricoles. Mais ces outils dont le coût est supporté par tous les citoyens
doivent répondre à une logique bien comprise.
C’est dans ce sens que nos réflexions doivent s’orienter, car l’abandon des anciennes
pratiques au profit de la satisfaction des attentes des consommateurs et des sensibilités
citoyennes peuvent pousser l’agriculteur à modifier ou adapter ses pratiques en s’éloignant
trop de l’expérience pour aller vers des nouveautés non encore maîtrisées, créant
un risque de diminution de la maîtrise de ses savoir-faire. Alors tâchons de rendre
compatible le souhait d’être membres à part entière de la société civile, en demandant
la reconnaissance de nos spécificités.

 

Cet édito de Damien Bonduelle, Président de saf agr’iDées est extrait du numéro 226 de la Revue Agriculteurs de France.

 

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