Les certitudes sont malmenées Publié le 14 octobre 2016 par

L’année 2016 restera dans les annales agricoles françaises. Les rendements ont été catastrophiques dans de nombreuses productions. Le prix du lait est au plus bas, comme l’était celui du porc il y a quelques mois. Tout prête à la déprime. Pourtant, c’est dans ces moments critiques que l’on se doit de rester vigilant dans l’analyse, quitte à jeter quelques croyances récalcitrantes aux orties.

 

Prenons le marché du cochon de l’été dernier. Plérin cesse de fonctionner sur fond de crise et de bras de fer entre les parties prenantes. Le prix du porc s’écroule. Seuls les plus avisés des éleveurs s’en sortent. Depuis, la Chine a développé son programme environnemental et sanitaire dont les élevages familiaux font les frais. Le premier producteur de porc mondial importe massivement. Faire du cochon en respectant les règlementations sanitaires européennes devient un avantage compétitif dans un monde qui bouge. La cotation sur le marché au cadran est remontée bien au-dessus des 1,40 €/Kg qui déclenchaient la crise l’année dernière.

 

La récolte de céréales a mis brutalement fin à la croissance tendancielle des rendements. En effet, il faut remonter à 1947 pour retrouver aussi peu de quintaux par hectare… si l’on inclut le progrès génétique. Autre particularité, la qualité de la production nationale est d’une hétérogénéité impressionnante mettant la mutualisation à l’épreuve. Il faut faire preuve d’une capacité d’adaptation doublée d’imagination pour fournir du blé ayant les caractéristiques requises. Toujours sur les céréales, les professionnels qui ne regardent que les écrans boursiers tirent des conclusions erronées. Le prix du blé monte actuellement sur le marché physique, d’autant que les greniers de la récolte 2015 sont désormais vides… mais ne bouge pas sur Euronext.

 

Sur le marché du lait, le prix du lait payé aux éleveurs remonte doucement alors que le beurre et les produits issus de la transformation enregistrent de fortes hausses. Les exportations de fromage ont récemment réussi à retrouver le niveau d’avant l’embargo russe. Le lait flambe même sur le marché spot, à croire que l’or blanc n’est pas le sel mais le lait. L’embellie est loin d’être garantie puisqu’elle dépend de géants comme l’Océanie et les États-Unis pour la production, et la Chine pour la consommation.

 

Quelles conséquences pour un chef d’entreprise agricole ?

 

Conduire son entreprise avec les croyances d’hier ou quelques bribes d’information devient périlleux. Il est impératif de comprendre les événements, d’analyser avec précision ses marqueurs économiques (et pas seulement agronomiques), d’évaluer ses risques (cash, prix, climatiques, …), et d’identifier ses outils (assurance, crédit, couverture, …) à tous les moments clés de l’année.

 

Pour la pérennité des entreprises agricoles, il est urgent que la culture et la compétence économiques se répandent.

 

 

Didier NEDELEC, Directeur Général d’ODA

@SAFThinkTank