Les contraintes du présent face aux défis du futur Publié le 13 septembre 2018 par Christian BONNETIER

L’agriculture revendique une pleine reconnaissance de ses contributions environnementales malgré les débats polémiques qui caractérisent souvent ses relations avec les représentants de l’écologie politique.

Les paysages attrayants de nos campagnes résultent en effet  d’interventions humaines par des activités productives qui conditionnent leur survie. Que deviendraient-ils sans le maintien des cultures et des élevages qui caractérisent ce que chacun considère comme des réalités naturelles qu’il est indispensable de préserver ?

 

Le monde agricole en est pleinement conscient  et il s’efforce de préserver l’avenir de ses activités par des adaptations permanentes de ses pratiques et de ses techniques.

Le paysan (c’est-à-dire l’agriculteur qui gère «  le pays rural ») sait pertinemment qu’il ne faut pas négliger les  réalités et contraintes du présent pour construire un futur dont chacun mesure, en matière d’environnement, les fragilités et les incertitudes.

 

Nicolas Hulot, ministre de l’environnement récemment démissionnaire, avec ses convictions et ses  priorités politiques, dont personne ne conteste le bien-fondé, s’est trouvé en contradiction avec les priorités budgétaires et conjoncturelles gouvernementales et avec les contraintes actuelles de certaines activités professionnelles comme l’agriculture.

 

La gestion des affaires publiques, définition noble de la politique, se doit de concilier les exigences du présent avec la sauvegarde du futur. Ce n’est pas en mettant en cause systématiquement les  performances du présent (et donc les capacités des entreprises à innover et à faire face à la concurrence) que l’on pourra répondre aux défis du futur.

 

Force est de constater que l’affaiblissement du multilatéralisme commercial () et les rigueurs budgétaires publiques ne permettent pas d’envisager des processus de normalisations internationales ou des mesures nationales (ou communautaires) compensatoires efficaces qui permettraient de réguler les pratiques en prenant en considération les exigences prospectives environnementales pourtant indispensables pour les générations futures.

 

Ces constats expliquent aussi le décalage qui caractérise les discours des hommes politiques entre ceux qui privilégient la gestion du présent et ceux qui priorisent les  objectifs du futur,

 

Le monde agricole,  qui est parvenu à répondre au défi alimentaire de la croissance démographique mondiale, se trouve confronté à cette contradiction des discours politiques. Il subit ainsi les critiques des  partisans du futur environnemental et les hésitations des gouvernants dans la gestion du court et du moyen terme.

 

Il subit aussi l’affaiblissement de la seule solution capable de faire évoluer le présent en fonction des préoccupations du futur : l’innovation au service d’un progrès raisonné et compatible avec la préservation des équilibres naturels. Mais cela implique des mesures et des initiatives qui s’inscrivent souvent dans des objectifs à moyen voire à long terme.

 

C’est là le grand dilemme entre environnement et agriculture comme l’illustre l’actualité.

 

 

Christian Bonnetier, administrateur d’agridées

 

@SAFThinkTank