Les multiples facettes du progrès Publié le 23 juin 2017 par Damien BONDUELLE

Notre conférence anniversaire du 15 juin dernier, à l’occasion de la 150ème assemblée générale de saf agr’iDées, nous a permis d’avoir des éclairages historiques, sociologiques, philosophiques sur la notion de progrès, avant de passer la parole aux acteurs concernés de nos secteurs. En les écoutant, nous avons compris que le progrès n’est pas mort mais simplement qu’il se trouve désormais en situation d’évolution permanente, et parfois rapide et contradictoire.

 

De fait le progrès est appelé à s’adapter au principe de réalité, en s’adaptant aux attentes des citoyens-consommateurs. Mais il convient qu’il reste le fruit des travaux de chercheurs, de « sachants ». Le progrès doit reposer sur des fondations dont la solidité est importante pour éviter de conduire à des impasses ou à des choix plus destructifs que constructifs.

 

Initialement, le progrès répond en lui-même à des préoccupations d’amélioration de la vie, profitant de grandes innovations dans des domaines aussi différents que le numérique, la mécanique, la génétique, les pratiques culturales et la chimie, et l’environnement à prendre mieux en compte, pour s’en tenir à notre domaine agricole. Il est au service des entreprises pour permettre d’être présent sur les marchés internationaux, mais aussi de répondre aux soucis de pouvoir d’achat des consommateurs. Et donc, finalement, pour l’Homme lui-même, en respectant sa capacité d’adaptation et d’anticipation, tenant compte de l’évolution sociétale.

 

La réalité nouvelle consiste ainsi à faire le pont entre une liberté d’action technique et la prise en compte de la sensibilité des citoyens dont les réticences peuvent faire perdre sa priorité au fondement scientifique.

 

Ainsi, la notion de progrès reste relative, appréciée différemment selon les individus, les entreprises, les zones géographiques et économiques.

 

Et surtout, le progrès, les innovations, les évolutions ne sont pas que techniques, elles sont aussi et parfois aujourd’hui surtout sociétales et sociales afin de faire progresser toute la société vers un mieux qualitatif plus que quantitatif dans nos pays développés.

 

De conception collective et globale, le progrès s’est individualisé. Les marqueurs de son évolution que nous connaissons comme le rendement, la productivité par unité de travail et autres indicateurs sont  remis en question. D’ailleurs, notre ami Pierre Le Roy, auteur du livre « Histoire de l’agriculture française de 1867 à nos jours » est le concepteur d’un indicateur global du bonheur.

 

Le progrès, ou la notion même de progrès, évolue en intégrant le cadre de vie, la durabilité, l’accessibilité et finalement la réelle acceptation de celui à qui il est destiné. L’envie de le recevoir devient un critère important, voire essentiel, pour toute forme de progrès.

 

C’est ainsi que nous constatons dans nos agricultures des paradoxes permanents, nous mettant souvent en situation contradictoire, et pourtant complémentaire. Deux exemples l’illustrent bien : l’agriculture urbaine, en technologie artificielle et sophistiquée mais à proximité immédiate du consommateur, apportant un produit sain et frais mais hors du concept du naturel et traditionnel dont l’image vaut toujours plus que la réalité. L’autre exemple est la permaculture, garant de naturalité, qui connaît aujourd’hui un réel engouement.

 

Pour revenir aux activités agricoles et agro-alimentaires, agro-industrielles, la réalité d’aujourd’hui nous impose l’écoute, le respect de chaque acteur face à ses contraintes, son rôle, ses responsabilités dans les filières.

 

Le progrès n’est plus de nature strictement endogène. Il doit tenir compte de facteurs exogènes importants car représentatif des attentes sociétales pour des secteurs ouverts ou ayant à rendre des comptes sur la santé, l’alimentation et l’environnement.

 

Il y a 150 ans, nos prédécesseurs ont décidé de partager ensemble pour diffuser le progrès à tous les producteurs. Aujourd’hui, à la différence de ces époques anciennes, il n’y a plus une agriculture mais des agricultures aux multiples facettes. Il y a des producteurs acteurs dans leur filière, devant prendre en compte tous les éléments de la fourche à la fourchette. En fait, des agricultures modernes, reconnues comme premiers maillons de filières alimentaires et industrielles dont ils sont partie intégrante.

 

Fidèle à l’objet de notre organisation d’origine, le think tank saf agr’iDées poursuivra ses travaux, ses recherches et ses réflexions dans le but de diffuser le progrès. Un progrès certes apprécié différemment mais qui désormais ne peut être que la résultante des recherches, attentes et avis de toutes les compétences concernées. En permettant à chacune de ces compétences de participer, d’échanger, d’exposer des points de vue dans nos rencontres, conférences, groupes de travail nous apportons notre pierre à l’édifice de valeurs, au caractère stratégique de nos secteurs, en leur permettant d’exprimer au mieux leurs potentialités avec une importante dimension humaniste seul gage du respect permanent de l’Homme et de la Nature.

@SAFThinkTank