Ne nous tirons pas une balle dans le pied ! Publié le 1 février 2018 par Gerard MATHERON

« Un pays qui ne peut se nourrir lui-même n’est pas un grand pays ! ». Cette phrase prêtée au Général De Gaulle interpelle les diverses stratégies développées tant au niveau européen qu’aux niveaux national ou local, et ce depuis plusieurs années. Les politiques publiques face à une mondialisation et ses divers traités de libres échanges n’ont pas enrayé la dépendance de la France qui doit, comme elle l’a toujours plus ou moins fait, recourir à des importations pour satisfaire ses besoins. Certes, dans certains secteurs, nous pouvons nous prévaloir d’avoir une balance commerciale à notre avantage mais la ferme France a perdu de sa superbe en la matière.

 

 

Pis, notre production est en plus menacée, quand elle n’est pas littéralement attaquée, par des produits d’autres pays européens à moindres contraintes ou par des pays tiers au dumping social avéré et à l’agroécologie discutable. L’Europe et la France semblent de plus en plus leur ouvrir les étals de nos distributeurs. Certaines voix s’élèvent pour qualifier cette situation de déloyale et totalement paradoxale par rapport aux changements souhaités par les consommateurs.

 

 

Comment ne pas être circonspect face aux accords qui laissent entrer, exemptés de tous droits et donc à des prix défiants toute concurrence, des denrées produites selon des normes moins contraignantes, dans des contextes sociaux discutables, forcément à moindre coût et qui sont loin de refléter la qualité de nos productions même si parfois elles en portent le label… Les accords en discussion avec le Mercosur, en pleine actualité, en sont un exemple précis et mettent dans la difficulté certaines de nos filières, en particulier animales. Sans rentrer dans les statistiques, les chiffres le plus alarmistes sont avancés par ces filières sur l’impact de tels accords : de la viande issue de bovins élevés dans des stabulations d’engraissement et gavés de matières premières pas vraiment traçables ni « planète friendly » (les consommateurs brésiliens de la capitale répugnent ainsi à consommer de la viande bovine d’Amazonie dont la production est une cause de déforestation) entre en concurrence avec une partie de nos bovins français élevés selon des critères qualitatifs tenant compte aussi de la préservation de l’environnement.

 

 

Ajoutons à ceci : manque de transparence, information partielle, équivalences accordées, politiques publiques floues, loi nouvelle, déclarations contradictoires…et voici que le producteur s’interroge légitimement sur son avenir tandis que le consommateur se perd dans les absurdités du système. De ce fait, au lieu d’être en empathie avec le monde agricole, ce même consommateur remet en cause tous les modèles de production ou peut éliminer des produits au profit d’autres moins vertueux.  On se tire une balle dans le pied !

 

Gérard Matheron est vice-président d’agridées

@SAFThinkTank