RDD : RESET, Design Thinking et Discipline ! Publié le 11 septembre 2015 par Olivier FOURCADET

Depuis quelques années, observateurs et acteurs confondus ne peuvent que constater que, à quelques exceptions près, les filières agroalimentaires françaises ne sont pas en bonne santé. Leurs positions dans le commerce international sont challengées ; leur compétitivité questionnée ; les crises deviennent plus fréquentes avec le risque de s’installer dans une dangereuse permanence ; les finances des entreprises agricoles sont exsangues… Certes ces constants doivent être nuancés, mais, malgré des atouts certains, le pronostic ne peut être vraiment optimiste.

 

Confrontés à de tels constats, nous pouvons collectivement adopter deux postures.

 

La première consiste à parier que les fondations de nos filières sont solides. Quelques ajustements suffiront pour gommer les difficultés ou qu’une nouvelle politique agricole, toujours espérée, mais souvent décevante, sera suffisante pour redonner une santé aux filières.

 

La seconde, comme nous l’a proposé, dès 2010, Franck Riboud consiste à faire « RESET ». C’est-à-dire réinitialiser notre logiciel, abandonner nos certitudes et nos dogmes et, en partant d’une feuille blanche, redessiner nos filières pour, ultérieurement, mieux les reconstruire.

 

En adoptant l’une ou l’autre de ces postures intellectuelles nous engageons un pari similaire à celui que Blaise Pascal proposa en 1670 à ces contemporains dans les Pensées. Pesons le gain et la perte ! Dans l’exactitude ou dans l’erreur : que perdons nous,  que gagnons nous ? Ebauchons un début de de réponse. Le statu quo semble une réponse probable à la première posture. La seconde engage un long et dur labeur à la planche à dessin pour d’hypothétiques prometteuses architectures de nos filières.

 

Ce pari Pascalien, nous ne sommes pas aujourd’hui les seuls à le faire. Performances déclinantes, perspectives incertaines : de nombreuses entreprises industrielles ou des services y sont également confrontées depuis de nombreuses années. Aujourd’hui, elles sont de plus en plus nombreuses à adopter la posture suggérée par Franck Riboud. Pour renaitre, de nombreuses structures adoptent une démarche inspirée du Design Thinking*. Celle-ci, initialement consacrée à l’élaboration de nouveaux produits, s’adapte parfaitement à la reconstruction d’organisations complexes de grande taille. Avec presque 280 000 employés répartis dans plus de 200 pays et territoires, Pepsi Cola est certes d’une taille moindre mais d’une complexité similaire de celle de la filière bovine Française (500 000 emplois directs et indirects). Indra Nooyi, DG de Pepsci Co, a adopté le design thinking dès 2012. Et Les investisseurs autrefois suspicieux reviennent en masse. Certes, une hirondelle ne fait pas le printemps, mais que risquons-nous vraiment ? Si le prototype n’est pas conforme à nos ambitions, jetons-le et retournons à la planche à dessin.

 

J’ai la conviction qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus nous contenter d’idées lumineuses qui s’incarneront dans un astucieux bricolage et n’aboutiront finalement qu’à de nouvelles désillusions.  Nous nous devons à nous même d’adopter collectivement une nouvelle méthode. Le Design Thinking me semble fonctionnellement adapté à nos enjeux. Mais adopter une nouvelle méthode, aussi adaptée soit-elle à nos enjeux, ne sera qu’une perte de temps si nous ne nous astreignons pas également à une  grande discipline intellectuelle.

 

Olivier FOURCADET, adhérent saf agr’iDées, professeur de management stratégique à l’ESSEC, agro-alimentaire.blogspot.com

 

 

* définition du Design Thinking : « Mode d’application des outils de conception utilisés par les designers pour résoudre une problématique d’innovation produit ou système, par une approche multidisciplinaire centrée sur l’humain. »
@SAFThinkTank