Rien ne sert de courir Publié le 30 septembre 2016 par

A lire le rapport 2016 de PricewaterhouseCoopers sur « les coopératives agricoles et le numérique », on constate que le secteur agricole est en retard sur le sujet numérique. Est-ce grave docteur ? Pas forcément. Car ce « retard » pourrait permettre paradoxalement de prendre de meilleures décisions stratégiques, d’effectuer un « leapfrog » (saut de grenouille) pour sauter directement à la solution optimale en évitant de nombreuses impasses. La Corée du Sud par exemple, sous-équipée au niveau télécom dans les années 90, est désormais le pays le plus connecté au monde en super-haut-débit, comptant 20 millions d’abonnés fibre sur 50 millions d’habitants. Pourquoi ? Parce qu’elle a évité d’utiliser notre technologie ADSL, trop limitée en débit, et qu’elle a directement choisi de fibrer tout le pays. Quant à l’Afrique, hier faiblement dotée en infrastructure informatique et internet, elle surinvestit actuellement dans le mobile et sera sans doute, grâce à un « leapfrog », à l’origine des nouveaux usages mobiles de demain.

Le retard est donc potentiellement une chance lorsqu’on a de l’ambition. Les outrances et les écueils peuvent être évités, et en particulier sur un sujet aussi vital pour l’avenir de l’agriculture qu’est la data agricole et son exploitation.

 

Profitons donc de notre retard pour éviter de subir le même hold-up sur les données personnelles que l’on a vécu depuis 15 ans par les géants américains du numérique. La bonne nouvelle c’est que l’Europe sort enfin de sa torpeur, et nous permet de profiter d’un cadre juridique de protection des données dont on aurait rêvé pour la décennie 2000.

 

Profitons-en ensuite pour traiter les données personnelles des agriculteurs de manière totalement transparente, éthique, et plus sérieuse que les adresses emails des consommateurs, qui se baladent aujourd’hui partout sans contrôle ni traçabilité.

 

Profitons aussi de notre retard pour éviter les abus cyniques de position dominante sur les données que l’on constate partout ailleurs. Développons un écosystème ouvert, innovant, profitant à tous plutôt qu’à quelques élus, et qui serve en particulier à créer de la valeur pour les agriculteurs. Car les données consommateurs collectées par les géants du web n’ont pour l’instant jamais créé beaucoup de valeur pour le consommateur, voire sont désormais utilisées par certains pour en détruire.

 

Et enfin, si on pouvait aussi en profiter pour éviter de revivre dans l’agriculture les dérives totalitaires de la NSA sur les données personnelles, sans avoir à attendre l’émergence d’un lanceur d’alerte agricole type Snowden en bottes, ça ne serait pas mal non plus.

La bonne nouvelle, c’est que toutes ces erreurs numériques sont là, devant nos yeux, et qu’il n’appartient qu’à nous de les éviter pour imaginer et construire des modèles alternatifs.

 

Parfois le retard a du bon, et l’agriculture pourrait proposer un nouveau modèle de créativité et d’équilibre autour des données personnelles. Comme dirait la tortue, rien ne sert de courir si c’est pour foncer dans un mur.

 

Jérémie WAINSTAIN est Directeur Général de TheGreenData

@SAFThinkTank