Science : la grande défiance Publié le 25 avril 2019 par Eddy Fougier

Le 17 avril dernier, le Syrpa consacrait la conférence de son Assemblée Générale au thème « Infox et méfiance généralisée : Comment réintroduire de la science dans la communication ? ». On voit bien, en effet, que la science et même le raisonnement scientifique sont largement remis en cause aujourd’hui. Comment en est-on arrivé là ?

 

De l’après-guerre aux années 1970, il existait en France deux consensus liés à la science. Le premier était un consensus que l’on pourrait qualifier de saint-simonien chez les élites administratives, scientifiques, économiques et politiques. Il était basé sur une foi inconditionnelle dans le progrès, la science, la technique et l’industrie, un rôle impulseur joué par l’Etat et un processus volontariste de modernisation de la société et de l’économie françaises dont la modernisation de l’agriculture française a été l’un des grands symboles. Le second était un « consensus permissif » des Français qui faisaient alors spontanément confiance aux sachants et aux décideurs pour agir au mieux des intérêts du pays. Tout ceci se produit dans une période de forte croissance, où les Français ont le sentiment que l’intérêt des grandes entreprises sert celui de la société et que l’évolution technologique est bénéfique, et d’un marché de l’information où seuls les sachants peuvent s’exprimer. La science est donc perçue comme un instrument du progrès et un outil au service de la modernisation du pays.

 

Cela n’est plus le cas aujourd’hui. Il n’existe plus vraiment de consensus saint-simonien chez les élites. Les Français expriment une défiance de plus en plus généralisée vis-à-vis de toutes formes de pouvoirs, d’autorités et même de savoirs. Le contexte a aussi largement évolué avec une faible croissance, le sentiment selon lequel l’intérêt des grandes entreprises ne va pas dans le sens du bien commun et certaines évolutions technologiques sont dangereuses. Enfin, le marché de l’information a été dérégulé permettant à des idées jusqu’alors marginalisées ou ostracisées de se diffuser librement. La science est donc souvent perçue comme un outil au service du « système » et en particulier des intérêts de grands acteurs économiques au mépris du « bon sens » populaire et/ou d’une Nature jugée bonne.

 

Eddy Fougier, politologue

@SAFThinkTank