Sécurité alimentaire : vers une voie plus pragmatique ? Publié le 30 mai 2014 par

La plupart des experts s’accorde sur l’ampleur des enjeux alimentaires et climatiques mondiaux à venir avec la progression démographique mondiale à environ 9 milliards d’habitants en 2050, date à partir de laquelle les chiffres devraient se stabiliser. Les solutions proposées pour répondre à ces grands enjeux pendant les 35 prochaines années sont souvent clivantes, car elles proviennent de conceptions différentes du monde. Le magazine National Geographic a récemment publié un excellent dossier qui fait le constat des solutions bipolaires aujourd’hui proposées (d’un côté, agriculture intensive utilisant les technologies modernes de production, et de l’autre, circuits courts et minimum d’intrants) et en appelle au rassemblement de toutes les forces pour plus d’efficacité face aux défis mondiaux sans précédent auxquels nous devons faire face.

Les clivages habituels se manifestent parfois par des impasses médiatiques révélatrices d’une idéologie ambiante. Il est frappant de constater combien un événement fêté de manière très solennelle aux Etats-Unis est passé complètement inaperçu en France : le centième anniversaire de la naissance de Norman Borlaug. La statue de cet agronome, figure centrale de la Révolution Verte et prix Nobel de la paix en 1970, a été installée parmi celles des autres grands hommes américains dans le Capitole, à Washington, le 25 mars 2014. La Révolution Verte, qui a porté ses fruits en permettant d’améliorer la sécurité alimentaire de millions d’habitants en Amérique Latine et en Asie, est souvent montrée du doigt en France pour son recours aux intrants issus de l’agrochimie.

Heureusement, il existe des voies qui dépassent ces clivages, plus pragmatiques qu’idéologiques. En France, on parle d’agriculture écologiquement intensive et d’agro-écologie, avec une posture plus conceptuelle qu’opérationnelle. Dans les milieux anglos-axons, on parle plutôt d’intensification durable (« sustainable intensification ») de l’agriculture. Leurs objectifs sont sensiblement les mêmes : concilier de hauts niveaux de production agricole avec le respect de l’environnement. Le concept d’intensification durable, né au Royaume-Uni, a été révélé en 2009 dans un rapport de la Royal Society et repris dans un livre de référence de 2012 intitulé « One Billion Hungry : Can We Feed the World ? ». L’intensification durable de la production végétale est un des objectifs stratégiques de la FAO. Selon l’IFPRI (Institut international de recherche sur les politiques alimentaires), l’intensification durable est un des piliers de la sécurité alimentaire.

Dans le contexte actuel de renouvellement des autorités européennes et de négociations commerciales internationales, on peut s’interroger sur les choix de l’Union européenne, et de la France en particulier, pour répondre efficacement aux grands enjeux du développement mondial. L’urgence de la demande alimentaire internationale des prochaines décennies est une réalité et chaque pays a le devoir de se positionner en connaissance de cause.

Marie-Cécile Hénard, Responsable innovations et marchés, saf agr’iDées

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