Total et le monde agricole, un partenariat de plus de trente ans Publié le 25 octobre 2019 par Bernard Pinatel

À l’occasion de l’entrée en production de la bioraffinerie de La Mède Bernard Pinatel, directeur général Raffinage-Chimie de Total, souligne la nécessité de maintenir un dialogue permanent et de qualité entre l’industrie et la filière agricole française.

 

Dans sa directive sur les énergies renouvelables, l’Europe reconnaît les biocarburants comme une solution immédiatement disponible pour réduire de plus de 50 % les émissions de CO2 du secteur du transport. La France, qui incorpore déjà près de 8 % de bios dans ses carburants, est le premier pays européen en termes de volumes. Les biocarburants sont ainsi un débouché important pour les productions agricoles françaises : éthanol sur base maïs, blé ou betterave pour les bio-essences et esters de colza pour le bio-diesel.

 

Total est le premier distributeur de biocarburants du pays et développe activement de nouveaux carburants à fort taux d’incorporation d’esters (à 10 % comme le diesel B10) ou d’éthanol (à 85 % comme l’essence E85), contribuant ainsi concrètement au soutien de la filière agricole et à la réduction des émissions de CO2. Par ailleurs, l’E10 représente plus de 70 % de ventes d’essence dans notre réseau de stations, beaucoup plus que la moyenne de l’ensemble des distributeurs français, qui est d’un peu plus de 40 %. Cela fait 30 ans que Total est un partenaire privilégié de l’agriculture française dans le domaine des biocarburants. Dans les années 1990 déjà, grâce aux agriculteurs français, nous avons été pionniers en utilisant un composé produit dans nos raffineries à base d’éthanol comme « booster » d’octane, en remplacement du plomb dans les essences. Nous avons aussi innové en incorporant des esters méthyliques de colza dans les gazoles désulfurés pour compenser leur absence de lubrifiance.

 

De la raffinerie…

 

Notre partenariat ne se limite pas à la mise sur le marché des biocarburants. Nous sommes également un partenaire historique des Jeunes Agriculteurs, avec notamment le sponsoring de « Terres de Jim » ou comme mécène de « Terres Innovantes ».

 

Aussi, en 2015, lorsque nous avons pris la décision de faire évoluer notre usine de La Mède (Bouches-du-Rhône) qui raffinait du brut depuis les années 1930, il est apparu naturel de la reconvertir en bioraffinerie afin de prendre une part active au développement des énergies renouvelables, notamment de la biomasse, compléments indispensables aux énergies fossiles pour assurer les besoins en énergie, tout en maîtrisant l’impact climatique. En transformant ce site en bioraffinerie, la première en France, nous avions conscience de nous lancer dans un défi très nouveau. Et une certaine incompréhension s’est en effet fait jour entre Total et le monde agricole français au sujet de cette usine. Nos partenaires se sont inquiétés de la compétition que pourrait représenter notre arrivée sur le marché du biodiesel.

 

… à la bioraffinerie

 

Nous avons naturellement entendu ces inquiétudes bien légitimes, et nous avons cherché à y répondre. Il a fallu revenir autour de la table, débattre et prendre des engagements. Nous nous sommes par exemple employés à expliquer que le biodiesel de type HVO que nous produisons à La Mède n’entrait pas en concurrence avec les productions de la filière agricole française. En effet ce type de biodiesel est actuellement entièrement importé. Avec la bioraffinerie de La Mède, ce biodiesel sera produit en France et se substituera donc à ces importations, sauvegardant des emplois industriels en France. Il offrira un débouché supplémentaire à des ressources françaises puisque nous avons pris l’engagement d’utiliser chaque année 50 000 tonnes de colza français. Nos discussions actuelles me laissent penser que nous avons réussi à convaincre, et montrent à quel point il est nécessaire de maintenir un dialogue permanent et de qualité entre l’industrie et la filière agricole française. De nouveaux défis nous attendent, comme promouvoir une filière de biocarburant aéronautique durable en France. Nous les relèverons ensemble forts de la belle relation de confiance que nous avons su tisser depuis plus de trente ans.

 

Retrouvez cet article pages 10-11 du numéro 238 de La Revue agridées de septembre 2019.

 

Voir aussi l’analyse de Marie-Cécile Damave :”Biocarburants : toujours présents !”

Tribune B Pinatel-LRA 38-pp10-11
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