Vétérinaires et bien-être animal : une posture méconnue

Le statut de l’animal, et par conséquent, la relation des hommes aux animaux est le centre de nombreux débats de société ces deux dernières années.

 

Comme souvent les positions modérées et éclairées par la connaissance scientifique ont eu du mal à faire entendre leur voix.

 

Les vétérinaires dans la diversité de leurs activités sont placés au centre de ces interactions entre l’homme et l’animal.

 

Le caractère philosophique et souvent outrancier des débats, fait qu’ils n’ont que peu été sollicités. Pourtant la persistance dans notre société d’un nombre de praticiens vétérinaires mixtes croisant dans leurs locaux tout type de détenteurs offre un point de vue unique.

 

En effet, quelle autre profession de santé à l’occasion de croiser le même jour un chasseur et son chien blessé, un compagnon de chat (ceux-ci ne se laissent guère posséder..) végétarien de surcroît, un éleveur de vaches allaitantes, et une vieille dame  que la vie a doté pour seule compagnie d’un caniche abricot ?

 

Ce public hétérogène, fréquente pourtant  un même lieu: la clinique vétérinaire. Le praticien tenu au secret sur les soins qu’il pratique, doit souvent expliquer aux uns comme aux autres, pourquoi la relation aux animaux vécue par chacun mérite le respect, et un regard différent de celui issu du prisme individuel.

 

La pédagogie qu’il met en œuvre, passe souvent par l’explication aux urbains du caractère profondément respectueux des éleveurs vis-à-vis de leurs animaux compagnons de travail, indépendamment de la finalité économique de l’élevage. C ‘est aussi au vétérinaire qu’il incombe d’exposer à l’éleveur et devant son animal  l’arbre décisionnel qui aboutira au choix d’une euthanasie, plutôt qu’à un long transport du bovin, générateur de souffrances majeures, vers un hypothétique abattoir ouvert le week end. Mais à l’inverse, il éclaire ces éleveurs des avantages sociologiques évidents en faveur de la possession des animaux de compagnie.

 

On peut citer la prévention des troubles psychosociaux, des allergies, la médiation des animaux dans les maisons de retraite, les prisons. Ces exemples associés à des personnes plus fragiles, n’en révèle pas moins, le caractère indispensable à l’équilibre de relations à l’animal pour le plus grand nombre des hommes.

 

Il est bien évidemment une catégorie sur laquelle le «charme» pédagogique vétérinaire  est inopérant, c’est celle des non possesseurs non détenteurs et non consommateurs d’animaux.

 

Ces derniers sont de ce fait lavés de tout conflit d’intérêt, et cette inexpérience leur permet d’alimenter toutes les représentations fantasmées d’un animal porteur de toutes les qualités dont ils jugent aujourd’hui l’homme dépourvu.

 

 

Pierre Buisson est président du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral (SNVEL)

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