Quels impacts de la pandémie due au Covid-19 sur les marchés mondiaux des oléo-protéagineux ?Publié le 21 avril 2020 par Marie-Cécile DAMAVE

Le ministère de l’agriculture américain (US Department of Agriculture, ou USDA) a publié ses dernières estimations de l’offre et de la demande de céréales et d’oléagineux le 9 avril 2020 et la filière américaine de soja (US Soybean Export Council, ou USSEC) a organisé le 14 avril une visioconférence où divers intervenants (parmi lesquels étaient représentés Oilworld et ConsilAgra) ont présenté la conjoncture des marchés mondiaux des oléagineux, dans le contexte de la pandémie due au Covid-19.

 

Jusqu’à présent, le moteur du marché mondial de soja était la dynamique de la demande chinoise. L’élevage s’étant fortement développé en Chine, sa demande en soja a beaucoup progressé et ce pays est devenu le plus grand importateur de soja au monde avec environ 90 millions de tonnes importées chaque année, soit plus de la moitié des importations mondiales. Ces flux ont cependant été réduits de 12 % en 2018/19 en raison, d’une part, de la fièvre porcine africaine qui a ravagé le cheptel porcin en Chine et, d’autre part, de la guerre commerciale avec les Etats-Unis.

 

Avec la pandémie due au Covid-19 au premier trimestre 2020, le principal moteur du marché international change d’hémisphère : le Real brésilien, monnaie du premier producteur mondial de soja, s’est fortement déprécié par rapport au dollar américain, orientant à la baisse les prix des produits brésiliens sur les marchés. Le soja exporté par le Brésil est donc aujourd’hui à des prix très agressifs par rapport à son principal concurrent, le soja américain. Les exportations brésiliennes devraient donc progresser non seulement vers la Chine, mais également vers l’Union européenne, second importateur mondial de soja avec environ 15 millions de tonnes par an. Un autre grand pays exportateur de soja en Amérique du Sud, notamment à destination de l’Union européenne, est l’Argentine. Le niveau des exportations de ce pays est à surveiller de près dans les prochains mois, en raison des taxes à l’exportation qu’il impose sur le soja.

 

Du côté des Etats-Unis, les exportations de soja devraient légèrement progresser en 2019/2020 par rapport à 2018/2019, en raison des disponibilités élevées en début de campagne. Pour les semis de 2020/2021, les agriculteurs américains doivent arbitrer entre maïs et de soja. Notons que les intentions de semis de maïs des farmers américains sont très dépendantes des perspectives du marché de l’éthanol, qui sont devenues défavorables avec la chute des cours du pétrole en raison de la pandémie actuelle.

 

La forte baisse de l’activité mondiale pour cause de pandémie a fait chuter les cours du pétrole et a considérablement réduit la demande en carburants et donc en biocarburants. Cette situation freine la transformation des huiles végétales en biodiesel. La production de biodiesel et les volumes d’huiles végétales (huile de palme, de soja et de colza en particulier) valorisés en biodiesel devraient donc baisser significativement chez les principaux pays producteurs (dont l’Union européenne) en 2020. De plus, la production d’huile de palme en Indonésie est entravée par le manque de main d’œuvre dû à la pandémie de Covid-19. Dans l’UE, l’huile de colza est la principale huile végétale transformée en biodiesel. La baisse de la demande européenne en biodiesel devrait conduire à la baisse des volumes de trituration de graines de colza en 2019/2020 et en 2020/2021. Cela ne devrait pas trop pénaliser la production française en 2020. En effet, selon les estimations les plus récentes d’Agreste, les surfaces de colza en France sont en baisse en 2020 pour la deuxième année consécutive, et de l’ordre de 2,8%. De plus, les mauvaises conditions météorologiques au moment des semis et le déficit hydrique actuel ne sont pas favorables à des rendements élevés.