Retour sur le 51e Congrès National des Jeunes AgriculteursPublié le 14 juin 2017 par Yves LE MORVAN

Les 6-7-et 8 juin 2017 à Dunkerque, dans un contexte de difficultés économiques et agricoles, les Jeunes Agriculteurs (JA) ont organisé leur 51e Congrès qui a notamment poussé les feux sur la nécessaire structuration des filières, mis en valeur les actions syndicales et de communication telles les futures « Terres de Jim » qui se tiendront les 8-10 septembre à Margny-lès-Compiègne, et développé les axes d’une PAC rénovée.

A propos de la future PAC, la table-ronde tenue le 8 juin et composée de Eric ANDRIEU (Député européen-S et D), Jannes MAES (Président du CEJA), Luca GADDONI (Coldiretti Giovani), Arnaud PETIT (COPA-COGECA), et Vincent TOUZOT (JA) a permis de cerner quelques grands enjeux.

 

BUDGET. Dans de nombreux grands pays agricoles les budgets dédiés aux soutiens à l’agriculture ne se sont pas réduits, au contraire même. Pourtant a rappelé E.ANDRIEU, le Brexit va mettre une pression à la baisse de plusieurs milliards d’euros sur le budget général de l’Union Européenne, au premier chef sur la PAC et la cohésion qui sont en sont les deux principales lignes. Et cela à un moment où les dépenses en matière de défense et d’immigration devraient croître. Un vrai défi pour toute demande d’orientation nouvelle de la PAC, qui va requérir de solidifier le lien et de reformer une alliance entre Société et agriculture, par exemple lors des élections au Parlement européen qui auront lieu en 2019. Que le calendrier de réforme de la PAC soit repoussé à 2021 voire à 2022 ou non, du fait des négociations relatives au Brexit, ne réduira pas l’acuité de cette question essentielle vis-à-vis de notre politique agricole, est-il possible de demander plus ?

PAC : SECURISATION DES REVENUS. Les JA proposent une réduction progressive des aides découplées au profit d’outils de sécurisation du revenu des agriculteurs et de mutualisation des risques :

-Renforcement des outils assurantiels, mais en restant dans le cadre du volontariat,

-Mise en place de soutiens contracycliques,

-Développement des fonds de mutualisation, les risques se mutualisant mieux de façon transversale et en y associant l’ensemble des maillons des filières et des territoires,

-Soutien aux aides découplées qui participent à la structuration des filières.

Bien sûr le nerf de la guerre d’un programme aussi ambitieux sans trop désarmer les aides découplées reste le budget. Puisqu’il s’agit à la fois de réconcilier production et environnement, redonner plus de liberté et de responsabilité aux agriculteurs, se prémunir contre certains risques et la volatilité, et organiser les filières,  il faudra des moyens, ou peut-être faire des choix.

PAC : RENOUVELLEMENT DES GENERATIONS ET DEFINITION DE L’AGRICULTEUR ACTIF. Les participants à la Table-Ronde ont constaté l’absence d’une politique d’installation communautaire, qui demeure d’essence nationale et  relève donc plutôt du 2 second pilier. D’où  le souhait du CEJA relayé par les JA de la rendre obligatoire…et de consacrer 20% du budget PAC aux différentes mesures dédiées aux Jeunes.

 

Cette ambition dans l’installation s’inscrit par ailleurs dans une vision où le modèle d’exploitation agricole soutenu par l’Europe ne devrait  être que familial. Dans ce cadre les aides PAC visent à l’emploi, la vie du territoire, bref «  les hommes avant les outils ». Dès lors il deviendrait nécessaire de proposer une définition contraignante du statut de l’agriculteur actif afin de cibler les aides vers ce modèle d’exploitation. Soit une exploitation familiale, avec un temps de travail minimum de l’agriculteur sur cette exploitation, et l’exclusion des retraités pensionnés.

Une proposition qui ouvre de nombreux débats avec ce choix uniforme de structuration économique et patrimoniale des exploitations agricoles, le risque induit d’exclusion des pluriactifs en France ou dans de nombreux pays européens, et l’élimination du droits aux aides de nombreux producteurs retraités de l’Europe de l’Est. Une préconisation sujette à discussions en France, et qui ne va pas de soi à 28 !

Dans son discours de clôture, Jérémy DECERLE le Président des JA, a néanmoins enfoncé le clou sur ce dernier sujet, le modèle de l’exploitation familiale est celui de la résilience de l’agriculture.