Saf agr’iDées questionne le progrès au 21ème sièclePublié le 16 juin 2017 par agriDées

Plus de 200 participants sont venus « questionner le progrès au 21ème siècle » le 15 juin 2017, à l’occasion de l’Assemblée générale de saf agr’iDées, qui célébrait aussi le 150ème anniversaire de la Société des Agriculteurs de France (SAF).

 

Adhérents, sympathisants et partenaires, entreprises des secteurs agricoles, agro-alimentaires, agro-industrie, communicants, élus, étudiants, curieux, passionnés : tous sont venus écouter attentivement l’après-midi les intervenants du débat, interrogeant cette notion motrice mais parfois contestée de « progrès », témoignant aussi de leurs métiers et des nouvelles attentes sociétales.

 

Un panel représentatif des contributeurs de l’ouvrage « 150 idées pour la réussite de nos agricultures » que notre think tank a également mis en avant le 15 juin, fruit d’un appel à contributions lancé au grand public il y a quelques mois auparavant, et réunissant 150 textes classé en dix thématiques allant des nouvelles technologies à la bioéconomie en passant par l’innovation et la recherche ou encore les territoires…Un livre disponible en téléchargement sur le site de saf agr’iDées, et venant s’ajouter au livre de Pierre Le Roy « Histoire de l’agriculture française de 1867 à nos jours », édité également à l’occasion de cette année anniversaire.

 

Communiquer plus et mieux

Forte de ses 150 ans, la Société des Agriculteurs de France, devenue le think tank saf agr’iDées continue plus que jamais de regarder vers l’avenir. La conférence anniversaire organisée dans le prolongement de son assemblée générale et intitulée « Questionner le progrès au 21ème siècle » a réuni des intervenants de très haut niveau qui ont conforté saf agr’iDées dans notamment sa mission de porter le progrès en agriculture.

 

Henri Nallet a rappelé les liens historiques entre le progrès scientifique et technique avec l’agriculture, mais aussi les apports des autres secteurs envers l’agriculture. Il a souligné l’importance du social, du politique, des institutions et surtout de leurs interactions. Un équilibre fragile, de plus en plus critiqué, qui nécessitera encore plus d’attention et de vigilance que par le passé. Pascal Picq, paléo-anthropologue a souligné l’importance de la co-évolution qui permet à un écosystème plus diversifié d’acquérir une plus grande résilience. S’il estime aujourd’hui « l’idée » de progrès en panne, il constate la vitesse vertigineuse à laquelle notre monde change et les solutions nouvelles qui apparaissent. A la question « Le Progrès existe –t-il encore ? » André Comte Sponville, philosophe a  démontré brillamment que bien que l’histoire des sociétés ne soit pas irréversible, il fallait continuer d’être progressiste et vigilant.

 

Anne-Yvonne Le Dain, députée et vice-président de l’Observatoire parlementaire des choix scientifiques et technologiques (OPCST), a rappelé le rôle du politique et de la haute administration dans l’élaboration et le vote des politiques publiques, les conséquences qui en découlent, notamment vis-à-vis du monde réel. « Le vocabulaire a une importance fondamentale. Nous avons un chantier cognitif à construire. Il s’agit de déterminer ce que la France va s’autoriser à faire ou ce qu’elle va s’autoriser à interdire » a-t-elle déclaré.

 

L’innovation a remplacé le mot progrès, moins anxiogène a indiqué Gérald Bronner, sociologue. Cela n’empêche toutefois pas les chercheurs d’avancer. Jean-François Soussana, directeur scientifique environnement à l’INRA, a évoqué l’éventail des travaux auxquels se livre l’Institut dans une vision à long terme qui inclue le numérique, le changement climatique, la bioéconomie et la durabilité des systèmes alimentaires. Pour les industriels comme Guerric Ballu, PDG du groupe EXEL Industries, leader de la pulvérisation, il faut surtout « expliquer et raison garder ». Marie-Thérese Bonneau, agricultrice, membre du CESE et vice-présidente FNPL a confirmé la nécessité d’un débat avec la société et les filières agricoles, mais aussi l’importance de garder du sens en matière d’innovation.  « Il faut accepter de se mettre en risque et d’expliquer notre métier » a conclu Arnaud Rousseau, agriculteur et président du groupe industriel AVRIL, en soulignant que c’est la confiance qui permet de générer le progrès.

 

Damien Bonduelle, président de saf agr’iDées a conclu les débats : « Nous avons eu des éclairages historiques, sociologiques, philosophiques au cours de ces échanges. Avec les acteurs concernés, nous avons compris que le progrès n’est pas mort mais simplement qu’il se trouve désormais en situation d’évolutions permanentes, et parfois rapides et contradictoires. De fait le progrès est appelé à s’adapter au principe de réalité, en s’adaptant aux attentes des citoyens-consommateurs. Mais il convient qu’il reste la face visible des travaux de chercheurs, de sachants. Le progrès doit reposer sur des fondations dont la solidité est importante pour éviter de conduire à des impasses ou à des choix plus destructifs que constructifs. (…) Le progrès, les innovations, les évolutions ne sont pas que techniques, elles sont aussi et parfois aujourd’hui surtout sociétales et sociales afin de faire progresser toute la société vers un mieux qualitatif plus que quantitatif dans nos pays développés. »

 

 

Isabelle Delourme et Marie-Laure Hustache