Agricultures des villes, agricultures des champs

Tribune publiée sur le site www.lesechos.fr le 5 avril 2013.

 

A en croire Jules Renard : « C’est en pleine ville que l’on écrit les plus belles pages sur la campagne. » Ce bon mot semble prendre un sens nouveau en ce début de 21ème siècle où les valeurs et les principes de la ruralité inspirent plus que jamais les citadins, non pas pour rêver d’ailleurs mais pour mieux vivre ici.

 

Les débats sur la ville et les territoires à réinventer et sur la campagne à réinviter (dans notre quotidien) ne cessent de se multiplier, et témoignent de l’intérêt croissant des citoyens pour ces enjeux. Oui, il est urgent d’inventer de nouvelles formes de production et de socialisation des territoires. A l’heure où les scandales alimentaires en tous genres replacent l’éthique et le « consommer bon et local » au centre des préoccupations, le monde rural  doit absolument libérer la créativité et l’imagination qu’attendent les 80 % de consommateurs désormais citadins.

 

Nos sociétés hyper modernes se préoccupent de qualité de vie et de développement durable. Faut-il donc s’étonner que l’agriculture vienne transformer le territoire des villes ? Vancouver, San Francisco, Portland ou Montréal, mais aussi Londres, Berlin ou Nantes : autant de localités où l’ « agriculture urbaine » se concrétise en un projet motivant et durable. Serres et petits élevages au milieu des tours, fermes verticales, ruches sur les toits, mini-fermes pédagogiques transforment nos environnements tout en offrant de nouveaux espaces d’innovation et d’inspiration… Ces agricultures, encouragées par les élus qui gèrent de plus en plus leurs villes comme des « cités Grecques » rendent encore plus floues les frontières entre l’urbain, le périurbain et le rural.
«  Il n’est plus question de mettre les villes à la campagne, mais au contraire d’accueillir la campagne à la ville » analysent François Purseigle et Bertrand Hervieu (“Les nouveaux paysans”, Le Monde, Hors série, octobre 2012).

 

Peut-il en être autrement ? Quand on sait que le territoire des villes aura triplé dans vingt ans. Une inflation qui va de pair avec le doublement de la population urbaine qui pourrait atteindre près de 5 milliards à cette même période.  « D’ici à 2050, il faudra doubler la production agricole. Et trouver de la terre à cultiver. » poursuivent les deux sociologues.

 

Dans une perspective de renouveau des territoires, notre think tank SAF agriculteurs de France défend l’idée d’une agriculture “dans et pour les villes”, qui redonne un nouveau souffle aux campagnes, en fait des pôles de culture, de santé, de bien-être, de développement économique. Ceci dans un esprit d’intelligence collective, si chère justement aux urbanistes.

 

Car incontestablement, notre agriculture s’urbanise ! Elle alimente les villes, produit du lien social. Agriculture urbaine et péri-urbaine : des opportunités nouvelles des passerelles, des services nouveaux entre les deux mondes se créent. Les savoir-faire des uns (agriculteurs) répondent aux besoins nouveaux des autres, et vice-versa. Quant aux industries agro-alimentaires, elles s’insèrent dans le mouvement avec la demande croissante de localisation des productions, le  « plus d’environnement » raccourcissant par exemple  la distance entre les bassins de production, de transformation et de consommation.

 

Soyons convaincus que ces transformations auront un impact sur la gestion de nos ressources et notre façon de vivre, que nous soyons citoyens, consommateurs, agriculteurs, entreprises, acteurs publics.  L’heure est venue de considérer les agricultures urbaines comme un moyen de fraterniser autrement avec “le peuple des villes” et, pour les entreprises agricoles, de se resituer dans de nouveaux espaces, plus urbains, plus interconnectés, dans ces “hyper-territoires” qui sont en train d’émerger et de s’organiser.

 

Laurent KLEIN, président de saf agr’iDées

 

En savoir plus : http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2013/04/05/cercle_69615.htm#UOquO3XC3LLsbcQW.99

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