Sale temps pour les virusPublié le 30 avril 2020 par Bernard VALLUIS

lightning-Terry McGraw/ PixabayCultivateurs et éleveurs sont familiers des divers bio-agresseurs qui s’attaquent aux cultures et aux cheptels. Il s’agit des virus, bactéries, champignons et des insectes, qu’ils soient responsables des dommages ou vecteurs des autres agents pathogènes.

 

Par ailleurs, les agriculteurs vivent au rythme des saisons, que la rotation de la terre distribue selon les latitudes. Saisons sèches et saisons humides se succèdent dans les régions tropicales, tandis que dans les zones tempérées quatre saisons accompagnent les cycles de production, mais aussi les occurrences de pathogènes et agresseurs.

 

Dans le cas des productions végétales, le virus de la mosaïque du tabac est historiquement le premier à avoir été identifié, sachant qu’il est susceptible de s’attaquer à toutes les solanacées. Il est transmis soit par contact entre plantes saines et plantes contaminées, soit par des insectes et spécialement des pucerons. Ceux-ci, aptères ou ailés, sont les vecteurs du principal virus qui s’attaque aux céréales, la jaunisse nanisante de l’orge. Les moyens de lutte pour réduire les populations de pucerons au semis par le travail du sol et l’utilisation des produits de traitement au printemps ne parviennent pas à juguler totalement la propagation de la jaunisse nanisante. Les conditions météorologiques jouent ici un rôle important, s’agissant de la température, de l’humidité et de l’ensoleillement, tant sur le développement des plantes que sur la dynamique des populations des vecteurs. La densité des plantes sur chaque parcelle et le parcellaire des cultures céréalières finissent d’ajouter un facteur de vulnérabilité.

 

En matière d’élevage, le développement de la grippe aviaire connaît des saisonnalités avec une transmission du virus aux élevages par les oiseaux sauvages et en particulier par les espèces migratoires qui véhiculent le virus H5N1. La concentration des élevages est à la fois un facteur de vulnérabilité dans la mesure où c’est une épidémie qui condamne très rapidement tous les effectifs, mais aussi une opportunité dès lors que des mesures très strictes de prévention sont prises.

 

Agronomes et zootechniciens ont accumulé sur ces sujets un savoir précieux qui pourrait éclairer les épidémiologues spécialistes de l’espèce humaine. Ainsi, tout récemment, une étude du « Natural Biodefense Analysis Countermeasures » a fait l’objet d’une communication à la Maison Blanche par le Haut Responsable du Département à la Sécurité intérieure des Etats Unis. Selon cette étude, le Covid-19 perdrait sa virulence dans une atmosphère chaude et humide et sans l’action des rayons ultraviolets. L’analyse des données de demi-vie du virus montre en particulier qu’à des températures comprises entre 21° et 24° Celsius, la demi-vie du virus sur des surfaces poreuses passerait de 18h à 6h pour des humidités respectives de 20% à 80%, tandis qu’en atmosphère sèche, celle –ci passerait de 1h à 1minute et demie sous l’action des UV. Ce travail, dont on ne peut dire à ce stade s’il réunit toutes les conditions de rigueur scientifique explore cependant l’hypothèse d’une influence du climat sur la propagation du COVID-19.

 

En France, d’éminents spécialistes rappellent l’action du climat sur la diffusion des maladies infectieuses, le plus souvent à l’homme par l’augmentation des populations des insectes vecteurs, comme c’est le cas avec les moustiques. « Enormément de maladies infectieuses sont masquées par des conditions d’ensoleillement, de température ou d’humidité saisonnières » rappelait récemment Jean-François Guegan (IRD-CNRS-Montpellier) dans les colonnes du Monde[1]. Dans les zones tempérées, cette notion est connue du plus grand nombre, avec en particulier les épidémies de grippes hivernales. Mais, comme en agriculture ou en élevage, les épidémies qui concernent le genre humain se développent et se transforment en pandémies selon un processus multifactoriel. Le climat intervient dans les cycles de relations entre les vecteurs et leurs victimes, les concentrations de populations également avec au premier chef l’urbanisation ainsi que l’intensité des déplacements.

 

Il est étonnant de constater empiriquement que les pays les plus touchés par le COVID-19 réunissent pratiquement toutes ces conditions, tandis que les pays des zones chaudes et humides, sans être épargnés, sont atteints par un virus moins virulent. Cependant les grandes agglomérations urbaines doivent aussi compter avec l’artificialisation du facteur climat, qu’il s’agisse du chauffage ou de la climatisation.

 

Dans l’attente de traitements efficaces et de vaccins spécifiques du COVID-19, les sciences de la vie souffrent d’un cloisonnement entre celles qui se penchent sur la santé humaine et celles qui ont accumulé expériences et connaissances sur le règne végétal et animal. Puissent-elles désormais se rapprocher suffisamment pour affronter les défis actuels et ceux à venir que le changement climatique devrait précipiter.

 

 

[1] Les relations complexes entre climat et maladies infectieuses, Florence Rosier, Le Monde, 14 avril 2020.