Sécurité alimentaire et thérapeutique de la SuissePublié le 16 mars 2020 par Bernard VALLUIS

Alors que la Suisse, comme de nombreux pays européens s’achemine vers un confinement total, avec contrôle Shengen aux frontières, l’organisation particulière de la sécurité des approvisionnements d’un pays enclavé au centre de l’Europe occidentale, mérite réflexion pour tous ses voisins de l’Union Européenne.

 

Depuis 1947, le Conseil Fédéral a pour compétence de limiter la liberté du commerce et imposer au secteur privé la constitution de réserves obligatoires. L’Office Fédéral pour l’approvisionnement du pays (1) est chargé de contrôler la bonne application de la gestion des réserves obligatoires dans les domaines de l’alimentation, des produits pharmaceutiques et de l’énergie. Si dans ce dernier secteur, la Suisse a une politique similaire à celle des pays de l’Union Européenne en maintenant un stock stratégique de 4,5 mois des besoins d’essence, diesel et de mazout, elle se distingue par des dispositions originales pour l’alimentation et les produits thérapeutiques.

 

En matière de stocks permanents de produits agricoles et alimentaires, les besoins  à couvrir représentent de 2 à 4 mois de consommation pour le sucre, le riz, les huiles et corps gras, le blé tendre, le blé dur, les céréales fourragères, les oléo-protéagineux, le café, et les ingrédients pour levure. Par ailleurs en matière agricole, il y a obligation de maintenir  un stock d’engrais et de semences de colza. Enfin, les ménages sont tenus de gérer des réserves alimentaires , soit 9 litres d’eau par personne et des stocks de produits alimentaires correspondant à une semaine de consommation. En période de guerre ou de pandémie comme c’est le cas actuellement, la Confédération Suisse prévient ainsi les mouvements de panique des consommateurs.

 

Pour les produits thérapeutiques, les dispositions confédérales sont encore plus de nature à faire face à de telles crises. Ainsi sont maintenus des stocks d‘anti-infectieux à usage humain ou vétérinaire (2 à 3 mois des besoins), des analgésiques et opiacés puissants (3 mois), des vaccins (4mois), des kits pour dons du sang (3 mois), et des masques de protection FFP2 et FFP3 (168 400). S’agissant des virostatiques  ( inhibiteurs viraux), les stocks doivent répondre aux besoins de 25% de la population et 40 jours de prophylaxie pour le personnel médical. Ces précautions trouvent aujourd’hui avec la pandémie de COVID-19 toute leur actualité et pertinence.

 

Comme la crise sanitaire a révélé l’extrême dépendance du monde vis-à-vis de la Chine pour les approvisionnements en produits thérapeutiques, peut-être la longue expérience suisse servira-t-elle d’exemple, sachant qu’il n’en coûte que 12 CHF par habitant et par an pour l’ensemble de cette politique dont les coûts sont répercutés par les entreprises sur les prix à la consommation.

 

(1) Rapport 2019 sur le stockage stratégique. Office Fédéral pour l’approvisionnement du pays (OFAE)