Semences : la crise sanitaire accélère le besoin d’innovationsPublié le 17 juin 2020 par Marie-Cécile DAMAVE

Le congrès annuel de la Fédération internationale des semenciers (International Seed Federation – ISF) s’est tenu les 8, 9 et 10 juin 2020. Les principaux messages développés lors de cet événement sont les suivants.

 

 

La pandémie de Covid-19 accélère la demande des consommateurs pour une alimentation source de meilleure santé. Les semenciers doivent par exemple répondre à la demande croissante en légumineuses et en fruits et légumes adaptés aux conditions locales. A l’inverse, la consommation de viande est sous pression et il faudra très certainement revoir à la baisse les prévisions de la demande de productions végétales pour l’alimentation des animaux d’élevage. Enfin, le concept « One Health » (Une seule santé) de l’OMS et de la FAO nous rappelle que la santé des humains est liée à celle des animaux et des plantes. D’où l’importance pour les agriculteurs d’utiliser des graines et des plants sains.

 

Par ailleurs, la crise actuelle a fait réaliser aux pouvoirs publics que les semences sont des produits essentiels, et leur circulation a donc pu être maintenue : c’est en effet un secteur où les mouvements d’imports-exports sont nécessaires au bon fonctionnement des chaînes de production et de transformation agricole, alimentaire et non-alimentaire.

 

Indépendamment de la crise sanitaire, d’autres facteurs demeurent prépondérants pour orienter les activités des semenciers : le changement climatique et la demande mondiale. Le changement climatique leur impose de mettre au point des variétés plus tolérantes à la sécheresse et qui utilisent l’azote plus efficacement. De plus, la demande alimentaire mondiale va continuer à progresser, avec l’augmentation de la population. Pour y répondre, il est nécessaire de développer la productivité agricole, notamment en poursuivant l’amélioration des rendements, et de maintenir les flux d’exportations vers les pays qui ne pourront pas répondre à la demande alimentaire de leurs populations, en particulier sur le continent africain.

 

Enfin, les stratégies européennes « De la Fourche à la Fourchette » et sur la biodiversité imposent à la production agricole de réduire leurs recours à la chimie de synthèse (fertilisants, produits phytosanitaires, antibiotiques). L’amélioration des plantes s’inscrit comme une solution dans ce contexte, avec un plus grand rôle à jouer pour des semences plus résistantes aux maladies et aux ravageurs, aux moindres besoins en fertilisants, et plus productives pour réduire la pression sur les sols.

 

Pour répondre à ces multiples demandes et participer à la résilience des systèmes alimentaires, les semenciers ont réaffirmé leur besoin d’accéder aux innovations. Ils regrettent les orientations récentes de l’Union européenne pour classer les techniques modernes de sélection dans la catégorie des OGM.

 

Certes, l’accès à l’innovation est fondamental, étant donnée l’ampleur et la diversité des demandes. Mais la seule innovation génétique, certes nécessaire, n’est pas suffisante : les solutions ne résident-elles pas dans les solutions combinatoires que propose l’AgTech, articulant génétique, chimie de synthèse, sciences digitales et du traitement de l’information, solutions biosourcées (biocontrôle, biostimulants, biofertilisants), agronomie (rotations, cultures associées, complémentarité animal-végétal), sciences du sol… pour une agriculture de précision, durable, responsable et productive ?