Les stratégies de filières, du client au producteurPublié le 20 septembre 2017 par Yves LE MORVAN

Rémi Rocca (McDonald’s) et Patrick Durand (Coop de Boisseaux)

Les Etats Généraux de l’Alimentation (EGAlim) lancés par le Premier ministre le 20 juillet dernier captent actuellement l’attention de tous les acteurs économiques et sociétaux de l’agriculture et de l’alimentation. Sur les 14 ateliers lancés, 7 s’intéressent à la création et à la répartition de la valeur. Un sujet qui a constitué l’épine dorsale de la 8e Conférence européenne des coopératives agricoles, co-organisée par Les Echos, PWC et Coop de France le 19 septembre 2017, sous un angle propice à interpeler les coopératives : « Les stratégies de filières, du client à l’agriculteur ».

Les pouvoirs publics ont appelés à agir, la grande distribution à ne plus mener une politique de déflation, mais que font les coopératives ? Les coopératives dont la directrice des achats de Sodexo a dit découvrir que les entreprises avec lesquelles elle travaille depuis longtemps sont…des coopératives.

Au-delà de leur rôle habituel de mise en adéquation entre marchés et production, les coopératives peuvent en outre créer de la valeur en impliquant directement leurs adhérents, qui s’exposent. Par exemple, la Prospérité fermière/Ingredia, en élaborant avec ses éleveurs et le WWF un cahier des charges lait sans OGM (herbe/bien-être animal/juste prix) qui apporte une prime complémentaire de 15€/1.000 litres sur 30 de ses 400 millions de litres collectés.  Arterris, ouvrant pour ses éleveurs 8 magasins de centre-ville écoulant 30% de sa production de canards. Ou enfin D’aucy dont des adhérents deviennent des ambassadeurs de la marque et des produits dans des salons professionnels, et dont certains même tweetent directement et en permanence sur leur métier, cette communication apportant aussi de la valeur à une marque coopérative.

Les coopératives peuvent aussi créer de la valeur en construisant par partenariat des filières innovantes avec leurs acheteurs en « B to B », répondant aux attentes du consommateur final. Ainsi la coopérative de Boisseaux, représentée par son président Patrick Durand, par ailleurs Secrétaire Général de saf agr’iDées, qui applique un cahier des charges pour ses blés de force (biodiversité/eau/réduction des GES et des intrants) dont la contractualisation avec McDonald’s apporte une prime de 15 €/tonne, avec  en outre un prix supérieur au marché. Ou la coopérative Rougeline dont l’offre de tomates spécifiques à Carrefour, qui a un partenariat avec les filières de plus de 25 ans, apporte une rémunération supérieure de 15 à 20% au marché.

 

La création de valeur est donc multiforme. Mais au-delà des partenariats et de la segmentation des marchés le président de Coop de France, Michel Prugue, a rappelé que la totalité de l’offre alimentaire devait bénéficier d’un cadre plus protecteur et  plus favorable que celui proposé aujourd’hui qui conduit souvent à des prix bas. A la fin des EGAlim les pouvoirs Publics devront aussi apporter leur contribution en revisitant la LME, en modifiant le droit de la concurrence, et en soutenant les exportations…Chacun a sa part de responsabilité.