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Outils numériques en élevage : les éleveurs au cœur d’une agriculture de précision

Le 9 février 2017, Allice (union de coopératives d’élevage qui fédère toutes les entreprises françaises de sélection et de reproduction animales), France Génétique Élevage et le réseau France Informatique Élevage et Agriculture (FIEA, fédération professionnelle des associations régionales de services aux organisations d’élevage) ont organisé une conférence sur le thème « Le numérique, un autre défi pour L’Elevage ». Au cours de cette journée, différents intervenants ont abordé les impacts de la révolution numérique en entreprise en termes génériques (aspects sociologiques et de management) ou dans des cas particuliers de sociétés du monde de l’élevage ou non. Les principaux messages étaient les suivants.

 

D’une manière générale, l’arrivée du numérique dans les entreprises donne une très grande place aux métiers de l’informatique, en particulier pour traiter les bases de données. Ces compétences peuvent être externalisées (en sous-traitance avec des startups spécialisées par exemple) ou donner lieu à des  recrutements en interne, dans une démarche d’intelligence collective, de création de valeur partagée. Le numérique accélère la transformation managériale des entreprises, qui avait déjà commencé avant elle, vers plus d’indépendance, d’actions de court terme, et de partage des émotions, dans le but de mieux intégrer les sujets dans les équipes en instaurant une relation de confiance.

 

La vitesse d’appropriation des technologies numériques dépend de différents facteurs : la transformation numérique est perçue comme moins urgente si la situation financière de l’entreprise est favorable (par exemple si elle bénéficie de soutiens publics) ; un projet numérique a plus de chance d’aboutir si l’utilisateur final est impliqué dans le projet dès le départ, et constitue un véritable baromètre du succès du projet. Pour les intervenants de cette conférence, l’éleveur doit être au centre de la construction des nouveaux outils numériques, doit décider lui-même de permettre ou non l’accès à ses données, et doit pouvoir utiliser les outils du numérique (en particulier des outils d’aide à la décision) pour « capter de la valeur », « retrouver un revenu qui correspond à ses engagements », en étant le décisionnaire final d’une agriculture de précision.

 

Dans le domaine agricole, plusieurs sociétés et organisations ont présenté leurs produits et services utilisant les technologies du numérique lors de cette conférence. La société Gènes Diffusion a créé une application (GD mobile) pour les éleveurs qui leur permet non seulement de consulter les informations sur l’élevage (index des taureaux, stock de semences) mais aussi décider du passage de l’inséminateur et de l’appeler. 400 éleveurs sont aujourd’hui inscrits, témoignant du succès de ce nouvel outil. Les lunettes connectées mises au point par Adventiel enregistrent les données d’élevage et permettent de détecter les maladies des animaux tout en ayant les mains libres. Dans ce cas, les utilisateurs sont plutôt les techniciens, du fait du prix trop élevé de ces lunettes connectées pour les éleveurs (700 à 1100 euros). Le groupe Seenergi regroupe cinq entreprises de conseil en élevage pour une meilleure utilisation des outils numériques (connexion aux capteurs, automatisation du contrôle des performances en particulier). Le groupe In Vivo est en pleine évolution pour fournir davantage de services et d’innovations, convergeant vers une agriculture de précision. Il a créé un fonds d’investissements pour accélérer l’accès au marché des startups de l’Ag Tech et de la Food Tech.

 

Cette journée a donc montré de quelle manière le monde de l’élevage est impliqué dans l’agriculture de précision, complétant l’approche de l’agr’iDébat du 25 octobre 2016 « fermes du futur : big data et agriculture de précision » qui s’était concentré sur les productions végétales.

Génétique et gestion de la ressource en eau : des adaptations nécessaires en production semencière

potato-839469_640Un colloque consacré à l’eau et aux semences s’est tenu le 30 septembre 2015, organisé par l’interprofession semencière (GNIS), en partenariat avec l’Association Permanente des Chambres d’Agriculture (APCA), Coop de France, les Jeunes Agriculteurs, la Fédération Nationale des agriculteurs multiplicateurs de semences (FNAMS), l’Union Française des Semenciers (UFS), et les Irrigants de France.

 

Sans surprise, ce colloque a mis en avant la valeur de progrès portée par les semences, en cohérence avec notre agr’iDay Les semences : une pépite française du 24 juin dernier.  Les interactions entre semences et eau qui ont été illustrées sont de deux types : d’une part, le nécessaire accès à l’eau et à l’irrigation dans la production de semences, mis à mal par des politiques de l’eau jugées trop restrictives (en particulier par Céline Imart, Vice-présidente des Jeunes Agriculteurs). D’autre part, l’indispensable adaptation des semences (par la génétique et les pratiques de retenue d’eau en hiver) à des variations de disponibilité en eau de plus en plus extrêmes en raison du changement climatique : le plus souvent, des conditions de pénurie en été et d’excédents en hiver.

 

Différents intervenants, et en particulier Michel Dantin, Député européen et Président du comité de Bassin Rhône-Méditerranée, ont souligné la difficulté de faire passer ces messages à l’extérieur du monde agricole, vers les décideurs politiques et l’opinion publique. L’exercice devient particulièrement épineux en cas de contestation d’un système plus que d’un projet, non seulement en cas de crise (une référence aux actions des « zadistes » sur le projet de barrage de Sivens fin 2014), mais aussi de manière récurrente avec de nombreux projets de retenues d’eau bloqués depuis vingt ans selon Anne-Claire Vial, Secrétaire Générale de l’Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM).

Breveter le vivant sans limites ?

Hier la Fédération de l’horticulture et des pépinières (FNPHP), avant-hier l’Union française  des semenciers (UFS) : nombreuses sont les voix qui s’élèvent pour faire part de leur inquiétude suite à deux décisions rendues le 25 mars dernier par la Grande Chambre des recours de l’Office européen des brevets (OEB).

 

Pour rappel, l’article 53 b de la convention sur le brevet européen (CBE) prévoit notamment une exception au principe général de brevetabilité en ces termes : « Les brevets européens ne sont pas délivrés pour les variétés végétales ou les races animales ainsi que les procédés essentiellement biologiques d’obtention de végétaux ou d’animaux, cette disposition ne s’appliquant pas aux procédés microbiologiques et aux produits obtenus par ces procédés ».

 

Par deux décisions précédentes du 9 décembre 2010, la Grande Chambre des recours avait posé le principe selon lequel « un procédé non microbiologique pour la production de plantes qui comprend (ou consiste en) des étapes de croisement sexué de la totalité du génome de plantes puis de sélection de plantes est en principe exclu de la brevetabilité comme étant “essentiellement biologique” au sens de l’Art 53 b) CBE ».

 

Mais dans les deux affaires récemment tranchées, les titulaires du brevet à l’encontre desquels des oppositions avaient été formées, soutenaient ne pas être soumis à cette exclusion dans la mesure où ils revendiquaient non pas le procédé mais le produit obtenu à partir de procédés essentiellement biologique. Il s’agissait en l’espèce d’un brocoli ayant des taux élevés de glucosinolates et d’une tomate déshydratée.

 

En substance, la juridiction leur a donné raison, considérant que les produits en cause n’étaient pas exclus du domaine de la brevetabilité, mais restaient en revanche soumis à l’interdiction de breveter une variété.

 

Ces deux décisions, qui remettent en cause le principe de l’exemption du sélectionneur pourtant garanti par la convention de l’UPOV (Union pour la protection des obtentions végétales), sonnent également comme un désaveu du Parlement européen.

 

En effet dans une résolution du 10 mai 2012 sur le brevetage des procédés essentiellement biologiques, le Parlement européen, qui s’était félicité de ses décisions de décembre 2010, avait par ailleurs invité l’OEB à exclure de la brevetabilité les produits dérivés de l’obtention classique et toutes les techniques classiques d’obtention, y compris la reproduction faisant appel à des marqueurs et à des procédés de reproduction avancés (reproduction SMART ou de précision) et le matériel génétique utilisé pour l’obtention classique. Il n’a manifestement pas été entendu ! ©J-B.M. / saf agr’iDées

 

Pour aller plus loin : 

Décision G2-12 du 25 mars 2015 (0.4 MiB)

Décision G2-13 du 25 mars 2015 (0.4 MiB)