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Glyphosate : symbole d’un modèle agricole contesté, mais un élément-clé de l’agroécologie !

Vignoble-languedocien---4C’est le 23 juin prochain que les agriculteurs devraient savoir s’ils pourront continuer ou non à utiliser des herbicides à base de glyphosate sur leurs exploitations. Après de nombreux rebondissements, c’est en effet à cette date que les Etats membres de l’Union européenne devraient se prononcer en appel sur la réautorisation de cette molécule.

 

Ce processus a été plus que chaotique, et a fait les gros titres des journaux depuis quelques semaines. Le glyphosate cristallise le rejet par une partie de la société du modèle agricole de production de masse, au-delà des craintes que l’usage de cet herbicide suscite chez certains pour la santé ou l’environnement. Comme pour les OGM, c’est la nature du système agricole qui visé à travers le glyphosate. Il devient un symbole de l’agriculture intensive, productiviste, industrielle, que certains opposent à une agriculture responsable, durable, agroécologique.

 

Les arguments des experts scientifiques ne répondent pas à ces préoccupations. Ceux qui souhaitent mettre fin à la vie du glyphosate n’ont que faire des conclusions de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (EFSA) de 2015, confirmant que ce désherbant n’est pas cancérogène, mutagène, ou reprotoxique, ni de l’avis de l’ANSES de février 2016 selon lequel le glyphosate n’est pas un « cancérogène probable ». Les conclusions de ces deux instances indépendantes, pourtant créées pour fournir des avis d’experts éclairés sur des sujets sensibles depuis la crise de la vache folle il y a vingt ans, sont devenues insuffisantes pour alimenter les décisions politiques.

 

Aujourd’hui, les responsables politiques sont aussi sensibles aux arguments scientifiques qu’aux arguments sociétaux. Pourtant, tous les acteurs de la production agricole n’ont-ils pas envie de donner du sens et de travailler de manière responsable et durable ? Avec l’agroécologie, la France s’interroge, à juste titre, depuis 2012 sur comment « produire autrement ».  Ce concept met le raisonnement agronomique au centre des décisions et des choix de production des producteurs, en questionnant leurs habitudes, et au final, en les responsabilisant.

 

Oui, il est possible de cultiver sans herbicides (voir l’article paru dans le blog Sciences de Libération). Se passer d’herbicides, c’est prendre le risque d’une baisse importante des rendements en raison de la compétition des mauvaises herbes avec les plantes cultivées pour les mêmes ressources (eau, sols, éléments nutritifs, lumière). Se passer d’herbicides, c’est aussi remettre en question les démarches de travail superficiel du sol. En fait, le labour et l’utilisation d’herbicides sont deux méthodes de lutte contre les mauvaises herbes. Augmenter le stockage de carbone dans les sols dans la stratégie « 4 pour 1000 » portée par la France dans les négociations internationales sur le climat depuis la COP21 pourra difficilement se mettre en place sans herbicides car leurs usages sont associés aux techniques de travail du sol simplifié et de non-labour (voir les communiqués de la FNSEA et du COPA COGECA).

 

Mais les agriculteurs ne sont pas que des agronomes, ils sont aussi des chefs d’entreprise, et veulent évidemment tirer un revenu de leur activité. Or, se passer d’herbicides signifie de modifier son calendrier cultural, augmenter le travail du sol, mais aussi allonger et diversifier les rotations des cultures. Un point positif pour la biodiversité des plantes cultivées, mais celles-ci doivent également avoir une fonction économique, d’où de nouvelles filières de transformation et de valorisation industrielles à construire.

 

Et si les agriculteurs, en tant que chefs d’entreprise, pouvaient eux-mêmes prendre la décision d’utiliser ou non le glyphosate, à partir du moment où l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux a été réalisée par les experts officiels ?  N’est-il pas essentiel de faire confiance en leur bon sens, en leur pragmatisme ? Ils sont des acteurs à part entière dans les marchés agricoles, connaissent les attentes de leurs clients et les exigences de leurs conditions de production.  Ils sont à la fois agronomes, expérimentateurs, et décideurs économiques.