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La place des think tanks dans le débat public français mérite d’être renforcée

IRISL’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) a organisé, le 27 janvier dernier, une conférence sur le thème : « Think tanks : quelle contribution aux débats stratégiques ? ». Retour sur les points clés de cette manifestation.

 

A l’occasion de la parution du classement mondial des Think thanks « Global Go-To Think Thank 2015 », réalisé par l’Université de Pennsylvanie sous la direction du Professeur James McGann, l’IRIS a souhaité revenir sur la contribution des think tanks aux débats stratégiques. Autour de la table, Pascal Boniface, Directeur de l’IRIS, Manuel Lafont Rapnouil, Directeur du Bureau de Paris de l’European Council on Foreign Relations (ECFR) et Pascal Cherki, député de Paris, membre du conseil d’administration de l’IRIS.

 

Influencer positivement la prise de décision

 

Les intervenants ont proposé leur vision du rôle des think tanks et de ce qu’il convenait d’attendre d’eux dans le débat public.

 

Selon Manuel Lafont Rapnouil, la vocation première des think tanks est d’influencer la prise de décision au sens positif, soit directement soit via le débat d’idées : « L’influence, c’est comme l’infusion d’un sachet de thé ; au bout d’un moment, plus ou moins long, l’eau est teintée, de manière plus ou moins forte, sans que l’on ait vu comment cela s’est réellement produit ».

 

La vocation des think tanks est donc d’apporter de l’expertise, à savoir un véritable travail de recherche, généralement appliquée et si possible multidisciplinaire. Cette expertise est sensée être indépendante et nourrir la discussion publique en apportant des propositions concrètes. En effet, les recommandations doivent avoir une portée opérationnelle (les anglais emploient le terme de « policy relevant »). Ces recommandations doivent ensuite faire l’objet d’un suivi, jusqu’aux conditions de mise en place d’un nouveau dispositif et de son évaluation.

 

Se démarquer du règne de l’immédiateté

 

Le think tank doit en outre avoir la capacité d’être prospectif. Un tel objectif ne peut être atteint sans penser autrement. Pascal Boniface confirme ce point en rappelant que « par définition un think tank n’est pas consensuel ». Cet objectif nécessite également de s’affranchir du règne de l’immédiateté, ce qui est de plus en plus difficile dans notre société de l’information, qui impose de réagir à chaud aux évènements.

 

Aux Etats-Unis, où les think tanks sont puissants et nombreux (on en dénombre 1835) il existe un débat récurrent sur leur obsolescence, résultant des doutes quant à leur indépendance. On peut citer plusieurs phénomènes qui nourrissent cette défiance. Leur modèle économique tout d’abord, dans lequel les financements fixent le programme de travail ; le système des portes communicantes ensuite – « revolving doors » – où les experts sont dans le secteur privé ou public, passent dans les think tanks, puis font le chemin inverse. Selon Manuel Lafont Rapnouil, une telle pratique peut jeter un doute sur l’indépendance de l’expertise, mais cela constitue également une force car les idées circulent et peuvent être mises en œuvre. On peut ajouter que cette pratique favorise le renouvellement des élites administratives (sur ce point, lire l’article de Kevin Brooks, “spoil system, pourquoi il faut s’en inspirer”, Figaro Vox, 31 octobre 2014).

 

Il existe par ailleurs un dévoiement potentiel de l’expertise avec une polarisation politique très forte où certaines institutions revendiquent le fait d’être partisane. Mais dans ces conditions, sommes-nous encore face à des think tanks ? Comme l’a rappelé Pascal Cherki, un think tank ne doit pas avoir d’opinion, mais une sensibilité, un objectif. Celui de l’IRIS est de considérer que la France a encore une place à jouer sur la scène internationale.

 

Citons enfin la crise du modèle général de l’expertise causée, une fois encore, par le règne de l’immédiateté. Il est plus facile de lire une tribune dans un journal qu’une analyse de 100 pages. Dans ces conditions les alternatives à l’expertise se développent. C’est ainsi que prospèrent les blogs, généralement tenus par des personnes aux solides connaissances, les réseaux virtuels de chercheurs, les sociétés de conseil ou les ONG et fondations, dont certaines ont d’ailleurs leur propre think tank.

 

En France, un tel débat sur les think tanks n’a pas encore eu lieu. Il faut reconnaître que bien que croissante, l’influence des think tanks reste encore modeste à la fois dans le débat public et dans la prise de décision. Rappelons que la France se place au 6e rang du classement de l’Université de Pennsylvanie, loin derrière la Grande Bretagne et l’Allemagne et avec un seul think tank présent parmi les 100 premiers, là où il y a 16 britanniques et 9 allemands.

 

En France, la centralité de l’exécutif n’a pas aidé à l’essor des think tanks

 

A cela plusieurs raisons. En premier lieu, notre modèle institutionnel valorise la centralité de l’exécutif avec un rôle moindre octroyé au Parlement et aux corps intermédiaires. Pascal Boniface identifie ici un problème spécifique à la France. La prééminence régalienne est pendant longtemps venue empêcher le développement des think tanks, considérés comme potentiellement critiques de l’action publique. En deuxième lieu, ce modèle valorise l’expertise publique qui est fournie par une fonction publique de carrière. En troisième lieu, le modèle universitaire fonctionne avec un raisonnement très disciplinaire. En quatrième lieu, la culture économique et sociale est peu tournée vers la philanthropie.

 

Enfin, en matière de politique étrangère, notre culture politique laisse peu d’espace au débat. Il existe une certaine continuité de la politique étrangère entre droite et gauche qui limite le champ d’intervention des think tanks.

 

Mais une chose est certaine, dans un monde où les enjeux stratégiques, économiques ou sociétaux sont de plus en plus complexes, les think tanks ont une place à prendre pour aider les citoyens et les décideurs politiques à les décrypter. Un constat qui avait également été partagé lors de l’AG 2014 de saf agr’iDées.

 

A lire aussi : Tribune « La think communication commence maintenant »

 

Le 22 janvier 2015 à Paris : Conférence-débat : « think tanks : entre aide à la décision et débat public »

A l’occasion de la publication par l’Université de Pennsylvanie du Global Go To Think Tank 2015, principal classement international des centres de recherche, et par, l’IRIS, d’une étude portant sur les politiques de soutien à la recherche stratégique de différents pays, L’IRIS organise une conférence-débat sur le rôle et l’utilité des instituts et fondations, à la fois fournisseurs d’analyse et de conseils auprès des décideurs et décrypteur du débat pour le grand public.

 

Le 22 janvier 2015 à Paris : Petit déjeuner débat : « l’information au cœur de la stratégie des organisations »

Matinale de l’intelligence économique et stratégique organisée par l’Observatoire des think tanks et Europresse.com en partenariat avec l’Arist de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris Ile-de-France. Think tanks, entreprises et institutions participeront à cette rencontre.

Plus d’informations : http://www.oftt.eu/