Témoignage d’agriculteur acteurPublié le 8 avril 2020 par Pierre Colin

D’abord un constat : depuis cette crise, tous les agriculteurs l’ont relevé, il existe indéniablement une demande croissante et insistante de nos concitoyens pour la fourniture de denrées, dont nous les agriculteurs et aussi nous les pêcheurs, sommes les acteurs de confiance.

 

Ainsi une initiative locale co-construite ensemble avec un ami PDG de GMS  (à Pézenas) a permis de faire partir des chalutiers de la criée du Grau d’Agde,  jusqu’alors à l’arrêt pour cause de non distribution de poissons sur l’Italie et l’Espagne suite à la crise.

 

L’engagement a été pris d’acheter le poisson et de le distribuer localement, tout d’abord à Pézenas dans l’Hérault, puis rapidement à l’échelle de l’Occitanie. Pour cela il a bien fallu négocier, se parler et aboutir en levant les tabous.

 

Cette initiative est avant tout l’effet de volonté d’hommes et de femmes d’échafauder une stratégie gagnante pour l’intérêt commun. On sort grandi de ce genre d’expérience. Cette tentative réussie est en train de se mettre en place également au sein de la filière ovine et de celle des fruits et légumes.

 

Il s’agit de trouver des solutions pour aider les agriculteurs.

 

Les Chambres d’agriculture n’ont pas attendu pour mettre en place des organisations d’écoulement de produits au niveau local, comme c’est le cas avec la Chambre de l’Hérault avec la mise en place de « drives » fermiers. Le Premier ministre, sous l’impulsion de la profession, en laissant le libre arbitre aux maires d’ouvrir les marchés de producteurs, renforce ce dispositif. Cela vient s’ajouter à l’initiative de la Chambre régionale, avec la région Occitanie, de recenser les productions locales.

 

Cela bouge dans tous les sens, mais en fait dans une même direction, celle du rapprochement des producteurs avec la distribution locale. Le monde de demain postcovid 19 est peut-être en train de s’établir plus favorablement pour nous

 

La diversification de nos entreprises agricoles, en plus de contribuer à la résilience au changement climatique, permet de satisfaire cette nouvelle demande. C’est mon cas, je vends des productions avec une forte demande actuelle, oeufs, légumes, jus, huile d’olive… C’est un plus à ma production dominante de vin en AOP  Picpoul de Pinet, pour laquelle je fonde de grands espoirs de développement même dans cette période difficile. Le vin correspond au mode de consommation des Français associé aux pratiques culinaires.

 

La cuisine à laquelle les gens ont repris goût et qui, j’espère, perdurera plus tard pour préserver notre savoir-vivre à la française, de l’apéro au dessert.

 

 

Pierre COLIN est agriculteur dans l’Hérault, élu à la Chambre d’agriculture de l’Hérault et membre de la Chambre d’Occitanie, administrateur d’agridées