Test COVID-19 pour les marchés agricoles mondiauxPublié le 9 décembre 2020 par Bernard VALLUIS

L’éditorial de la publication du bulletin d’AMIS de décembre 2020 résume l’article documenté de deux experts de la FAO, Josef Schmidhuber et Bing Qiao qui s’interrogent sur la résistance des marchés agricoles mondiaux en ces temps de pandémie COVID-19[1].

 

Questionnant les faits, cette étude contredit les visions alarmistes de nombre d’autorités internationales qui envisageaient l’impossibilité pour le commerce international de répondre à la demande de pays qui en dépendent pour assurer leur sécurité alimentaire et maintenir leurs exportations.

 

En effet, les données disponibles pour les trois premiers trimestres de 2020, et les projections pour l’ensemble de l’année, suggèrent, selon les auteurs, une vision contrastée de la résilience du secteur mondial de l’alimentation soumis aux chocs de la pandémie. Non seulement le volume des importations pourrait croître de 1,4%, mais encore celles des pays en développement augmenteraient de 6,0%, grâce notamment aux achats de la Chine, et cela malgré la récente progression des prix mondiaux de certaines denrées. Les huiles et matières grasses, les céréales et produits céréaliers, les viandes et produits de la viande, les graines oléagineuses, les sucres et produits sucrés, et les fruits et légumes marquent une augmentation en volume en 2020 par rapport à 2019, tandis que les produits dont la demande est plus élastique vis-à-vis des revenus voient leur commerce se contracter. Il s’agit des boissons, des poissons et produits de la mer, du café, du thé, du cacao, du lait et des produits laitiers.

 

Le marché mondial des céréales illustre ce développement inattendu. Les deux experts projettent une progression annuelle de 5,2% pour les céréales et produits céréaliers, tandis qu’en termes de campagne de juillet à juin, le Conseil International des Céréales (CIC) estime que le commerce des grains devrait progresser de 3,8% en 2020/2021 dont 6,3% pour le maïs. Dans le même temps, les prix s’envolent, l’indice des prix du CIC marque fin octobre un bond de 30,9% par rapport à la même date en 2019, soit +16,6% pour le blé et +36,7% pour le maïs. Dans les deux cas, les stocks de fin de campagne des pays exportateurs se réduiraient significativement au point d’alimenter des rumeurs de tensions alors que les bilans offre-demande ne peuvent laisser craindre des ruptures d’approvisionnement.

 

Le mérite de l’étude publiée par la FAO réside dans l’analyse des degrés de vulnérabilité des pays en développement. Si globalement l’ensemble de ces pays ne présente pas de changement notable pour ce qui concerne leurs importations, il n’en est pas de même pour ceux de la région d’Afrique sub-Saharienne dont les importations de produits destinés à l’alimentation humaine devraient baisser de 2% en 2020 par rapport à 2019.  Dans cette zone, dépendante à plus de 40% des importations, comme en Afrique du Nord, dépendante à plus de 90%, la sécurité alimentaire est compromise du fait des effets combinés de la hausse des prix de produits importés, des taux de change de leurs monnaies, des niveaux de dettes souveraines, des taux d’intérêt et la capacité de ces pays à accéder au marché du crédit. Dans une moindre mesure, c’est aussi le cas de nombreux pays d’Amérique Latine exposés à des baisses de revenus provenant des produits qu’ils exportent, alors que leurs monnaies sont fortement dévaluées.

 

Ainsi le commerce mondial des produits agricoles essentiels fait montre de résistance en démontrant une dynamique des volumes et des prix qui a déjoué les chocs de la crise sanitaire qui balaie la planète. Alors que la production agricole mondiale a également résisté, les conséquences économiques de la pandémie laissent cependant craindre une augmentation de l’insécurité alimentaire, dont les signes avant-coureurs se manifestent déjà. La Banque Mondiale prévoyait en octobre que 2021 verrait pour la première fois depuis 25 ans un accroissement de la population en situation d’extrême pauvreté avec 150 millions de personnes supplémentaires disposant moins de 1,90 dollar par jour. En Afrique, en Amérique Latine, et en Asie, dans tous les pays où le secteur informel représente une large part de l’activité économique, les populations concernées sont déjà doublement victimes de la crise sanitaire et de la perte de leurs revenus.

 

Au stress-test grandeur nature de la pandémie, les marchés agricoles des produits de base de l’alimentation demeurent COVID-19 négatifs, mais les effets collatéraux pour les pays en développement structurellement vulnérables les rendent COVID-19 positifs dans tous les sens du terme.

 

[1] http://www.amis-outlook.org/fileadmin/user_upload/amis/docs/resources/Are%20international%20food%20markets%20holding-up%20during%20the%20COVID-19%20pandemic.pdf