Think Tank Agroalimentaire : Pour une nouvelle politique agricole et alimentairePublié le 3 juillet 2019 par Yves LE MORVAN

En partenariat avec Les Echos, le Think Tank Agroalimentaire vient de rendre publiques les conclusions de son travail annuel,  le 27 juin 2019, pour la 5e édition consécutive[1]. Sans langue de bois et partant d’une situation d’urgence, 18 recommandations sont formulées qui explorent les voies d’un redressement de l’économie agricole et alimentaire française, au sein d’une PAC elle-même modernisée. La richesse des travaux du Think Tank provient de l’expertise d’une trentaine de personnalités associées, dont Patrick Ferrère délégué général d’agridées.

 

 Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos, a lancé les débats en s’appuyant sur les chiffres du commerce extérieur français. De 2000 à 2015 la part de marché mondiale de la France pour les produits agricoles et agroalimentaires a régressé de 7,1 à 4,7%. De deuxième derrière les Etats-Unis, la France est devenue cinquième en 2015, sixième aujourd’hui, avec notamment deux pays européens devant elle, les Pays-Bas et l’Allemagne. Pire, le solde des échanges de la France avec l’UE est devenu négatif en 2017. Cet indicateur du commerce international étant un témoin parmi d’autres  avec la baisse de rentabilité ou du taux de marge des IAA (industries agro-alimentaires), et les difficultés du revenu agricole, d’une compétitivité en berne.

 

Prenant le relais, Olivier Dauvers, directeur du Think Tank, a pointé du doigt sans prendre de gant les faiblesses et les responsabilités françaises. L’Europe n’est pas la source de toutes nos difficultés. Ainsi le dogme érigé de la seule défense du modèle agricole familial qui a pourtant du mal à exprimer son efficacité (la taille critique est-elle un tabou ?)  ou la disparition des ambitions publiques exportatrices dans un monde en croissance, ou encore «  l’hypocrisie » des industriels et des distributeurs sur l’origine des produits, mise en valeur ou non au gré de leurs positions. Ce combat autour du « consommer français » serait pourtant une des clés de la reconquête en s’appuyant sur les souhaits des consommateurs.

 

Les 18 recommandations du Think Tank se regroupent sur 3 axes : Donner du sens et du souffle à la politique agricole et alimentaire, proposer de nouvelles directions pour la politique européenne, et améliorer la compétitivité hors coût de l’offre française. Deux participants aux travaux du Think Tank ont pu exposer leurs thématiques. Jean-Marie Séronie, agroéconomiste, a évoqué la nécessaire réforme structurelle de la PAC en faisant pivoter les aides d’un système « à bout de souffle » de soutien au revenu à un accompagnement vers une double transition, agroécologique et économique (assurances), avec des priorités de filières. Philippe Goetzmann, consultant, a rappelé à tous que « la valeur, c’est le client ». Il faut savoir remettre en cause les filières où les flux sont toujours « poussés ». Il faut aussi s’attaquer à la pléthore de marques, labels ou autres signes qui, loin de participer à la confiance des consommateurs, au mieux l’indiffère au pire la détruit par son effet cumulatif. Quant à l’exportation, pourquoi ne pas se concentrer sur une vingtaine de marques (par le nom des produits, du type Comté, avec un cahier des charges) qui symboliseraient l’excellence française ? Julie Davico-Pahlin (start-up Ombréa) quant à elle a remis en perspective l’importance des technologies, l’évolution des aides à la décision, la PAC devrait soutenir plus fortement l’utilisation des innovations, l’anticipation des risques.

 

En conclusion Thierry Blandinières, DG du groupe InVivo, a souligné l’importance de ne pas opposer les différentes formes d’agriculture, qui toutes apportent leur lot complémentaire de valeur. L’agriculture et les produits alimentaires français sont reconnus dans le monde. Il nous reste inlassablement à améliorer notre organisation de filière (difficultés des vins de Bordeaux par exemple), à renforcer la production par les innovations et les technologies et enfin à se battre en matière de communication, lucide et positive. C’est selon lui le rôle du Think Tank agroalimentaire, qui doit poursuivre en ce sens.

 

 

 

 

 

[1] www.thinktank-agro.fr