Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les matériaux biosourcés sans jamais avoir osé le demanderPublié le 29 avril 2020 par Marie-Cécile DAMAVE

Cet article  a été repris en podcast par Les clés de l’agriculture : https://www.agridees.com/podcast-tout-ce-que-vous-avez-toujours-voulu-savoir-sur-les-materiaux-biosources-sans-jamais-avoir-ose-le-demander/

 

Le 23 avril 2020, le Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire a publié la Stratégie française pour l’énergie et le climat, mettant à jour la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC) qui est la feuille de route pour atteindre l’objectif de neutralité carbone en 2050. Une des orientations sectorielles de la SNBC est le déploiement de bâtiments bas carbone. Ce secteur représentait en effet plus de 18% des émissions de gaz à effet de serre en 2018 en France, au même niveau que l’agriculture et l’industrie, mais bien après les transports (30%). La trajectoire définie par la SNBC pour le secteur du bâtiment est de -49% en 2030 par rapport à 2015 et la décarbonation complète en 2050. L’amélioration de l’efficacité énergétique et de la performance carbone des bâtiments est un des leviers privilégiés, par exemple en favorisant l’usage de matériaux à faible empreinte carbone.

 

Les matériaux biosourcés s’inscrivent donc dans cette trajectoire : ils sont non seulement renouvelables et stockent du carbone, mais ont également des propriétés mécaniques, de densité, d’isolation thermique et phonique, que leur apportent leur teneur en fibres végétales techniques[1].

 

Pour mieux comprendre les réalités de ces filières, le Memento des marchés des fibres végétales techniques à usages matériaux vient de paraître. Il est le résultat de travaux collectifs coordonnés par le centre technique Fibres Recherche Développement (FRD) et le pôle Industrie et Agro Ressources (IAR), en partenariat avec InterChanvre et la Confédération européenne du lin et du chanvre, avec les financements de l’ADEME et de FranceAgriMer.

 

Ce document d’une cinquantaine de pages fait le point sur les ressources agricoles (hors bois) qui entrent dans la fabrication de matériaux. Les filières les plus structurées sont celles du lin fibre et du chanvre, cultures déjà bien implantées sur le territoire. La seconde catégorie comprend une culture dédiée (miscanthus) et des coproduits (pailles de colza, de céréales et de lin oléagineux) : leur potentiel est intéressant mais ces filières ne sont pas encore bien développées. Enfin, la troisième catégorie comprend les ressources potentielles de fibres, qui demandent encore des efforts de recherche-développement (sorgho, canne de maïs et de tournesol, ceps et sarments de vigne, ortie).

 

D’après ce memento, les principaux marchés actuels pour les fibres végétales techniques sont les panneaux de particules (330 000 tonnes produites par an avec 90% d’incorporation de fibres végétales), suivis des bétons (40 000 tonnes et 20 à 50% d’incorporation), des isolants (12 000 tonnes et plus de 90% d’incorporation) et des composites (20 000 tonnes et 20 à 50% d’incorporation).

 

Les perspectives d’évolution de ces filières dépendent des propriétés techniques des matériaux biosourcés, de leur coût par comparaison à celui de leurs concurrents non renouvelables, des évolutions du marché, de la réglementation, de la dynamique d’innovation et de l’organisation des filières. Selon le scénario construit par l’ADEME, FRD et le pôle IAR, d’ici 2035 les utilisations de fibres devraient augmenter très fortement, tirées par les marchés de l’isolation et de la plasturgie en particulier, passant de 11 000 tonnes actuellement à 51 000 tonnes en 2035. La demande en granulats devrait augmenter dans une moindre mesure, passant de 230 000 tonnes à 285 000 tonnes, pour répondre à la croissance de l’isolation de remplissage.

 

Par conséquent, les volumes de cultures dédiées devraient rester majoritaires (lin, chanvre) et augmenter de 237 000 tonnes aujourd’hui à 308 000 tonnes en 2035, tandis que les quantités de coproduits agricoles mobilisées (pailles) devraient bondir de 6 000 à 28 000 tonnes. Les surfaces correspondantes à ces volumes passeraient de 84 000 ha aujourd’hui (dont 72 000 ha de cultures dédiées) à 145 000 ha en 2035 (dont 88 000 ha de cultures dédiées). Malgré des progressions significatives, ces surfaces restent marginales par rapport aux terres arables totales (18 millions d’ha), et n’entrent donc pas en concurrence avec les transformations alimentaires.

 

 

[1] Les fibres végétales techniques sont définies dans l’étude réalisée pour le compte de l’ADEME par Fibres Recherche Développement (FRD) publiée en mars 2011 Evaluation de la disponibilité et de l’accessibilité de fibres végétales à usages matériaux en France : fibres de longueurs différentes (décimétriques, centimétriques, millimétriques), granulats, farines et poudres.