Une table-ronde à PRODURABLE questionne la possibilité d’un modèle agricole zéro pesticide…Publié le 10 avril 2018 par Marie-Laure HUSTACHE

Intitulée « Agroécologie, biosolutions, agriculture urbaine, AgTech… vers un nouveau modèle agricole zéro pesticide ? » et animée par notre think tank agridées, une table-ronde organisée le jeudi 5 avril au Salon PRODURABLE a abordé le délicat sujet d’un nouveau paradigme agricole qui limiterait et surtout aurait pour objectif de bannir à terme les pesticides de synthèse.

 

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Réunis pour en discuter (en 45 minutes !), Amina Galiano,  Manager Filières Agroalimentaires Durables & RSE d’Agrosolutions (filiale expertise-conseil en agroenvironnement d’InVivo), Stéphanie Pageot, productrice de lait bio en Loire Atlantique, Présidente de la FNAB (Fédération Nationale de l’Agriculture Biologique), Pierre Pageot, Directeur de l’association  Fermes d’avenir (remplaçant Maxime de Rostolan en pleine promotion du film « On a 20 ans pour changer le monde », documentaire d’Hélène Médigue le 11 avril dans les salles et réalisé en partenariat avec l’association) et enfin Paul François, céréalier et producteur de légumes, converti au bio sur son exploitation de 240 hectares en Charente, également Président de l’Association Phyto victimes et auteur du livre « Un paysan contre Monsanto», ont été interrogés sur la possibilité de ce nouveau modèle agricole « zéro pesticide », sur ce qu’il sous-entend – au-delà du marketing et de la communication – en termes de ruptures, et sur ce qu’il propose (ou pas) en termes d’alternatives.  Car si l’on exige du « zéro pesticide », c’est-à-dire l’usage d’aucune substance chimique utilisées en agriculture pour lutter contre des organismes nuisibles ( ex : plantes, animaux prédateurs ou déprédateurs, champignons, bactéries ou mycoplasmes, virus…) –  comment continuer à produire ?

Voici bien tout le challenge d’une production agricole plus durable, respectueuse de l’environnement, de la santé des consommateurs en même temps soumise aux aléas climatiques, et à la nécessité de répondre aux marchés. Dans un monde en mutations avec une demande sociétale très forte, le mouvement de fond pour changer de modèle agricole est en tous cas bien amorcé. Ce que confirme Amina Galiano (Agrosolutions) : « Face à ces demandes, notre métier est bien d’accompagner les acteurs des filières, l’amont et l’aval, dans leur souhait de mieux produire et de mieux vendre dans un secteur particulier, l’agriculture, où l’on gère du vivant ! »

Quid donc de l’agroécologie, encore plébiscitée par l’ONU le 3 avril via son Directeur Général, comme une piste pour « promouvoir des systèmes alimentaires durables (…) et préserver l’environnement » ? Rappelons que selon la définition donnée par le Ministère de l’agriculture, l’agroécologie est une façon de concevoir des systèmes de production qui s’appuient sur les fonctionnalités offertes par les écosystèmes, qui veut ainsi limiter le recours aux produits phytosanitaires et préserver les ressources naturelles, comme les sols. « Sols, eau, biodiversité…C’est un tout, chaque action est complémentaire et dans ce domaine de l’agroécologie, on apprend en marchant. » souligne encore Amina Galiano.

Il faudra donc du temps, de la pédagogie, de la recherche et des innovations (“y compris en agriculture biologique” a souligné Stéphanie Pageot) …Et avec encore plus de dialogue et d’échanges entre les divers types d’agricultures. Du temps, Paul François en a pris pour se convertir au bio, après plusieurs déclics majeurs et avec l’aide du technicien de sa coopérative Océalia. Aujourd’hui en phase de conversion totale de son exploitation agricole ; il bénéficie du label bio depuis 2017 pour le blé, l’orge, le soja, les haricots verts, le tournesol, les pois, la luzerne…Le tout cultivé avec « zéro pesticide de synthèse » mais, reconnaît-il, avec des pesticides « naturels » (de type huiles essentielles végétales). Et les revenus suivent, tout comme en témoigne aussi Stéphanie Pageot depuis vingt ans productrice de lait bio, qui valorise sa production notamment en vente directe et coopérative, insistant aussi sur la croissance des filières bio en France* et sur « les progrès qui ont été faits ces dernières années en faveur d’une meilleure connaissance du vivant. »

« Oui l’agriculture, qui doit certes produire de quoi nous nourrir, peut-être vertueuse ! » complète pour sa part Pierre Pageot (Fermes d’avenir) : « L’important est d’avoir une triple vision : économique, sociale, et environnementale au-delà des termes techniques et du jargon. Alors oui, selon l’association Fermes d’avenir créée en 2013 pour la promotion et l’accompagnement au développement de l’agroécologie et de la permaculture, on peut aller vers zéro pesticide, en prônant aussi le non-labour. »

Enfin, cette voie nouvelle se fera « à condition que le consommateur change aussi ! Oui à une agriculture durable mais avec des consommateurs durables ! » a tenu à rappeler Paul François au terme des échanges.

* Voir aussi notre Note agridées sur la Résilience des filières bios