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04/03/2026
Je veux produire de l’énergie : puis-je l’utiliser ou la vendre en direct ? Quels modèles économiques possibles ?
Au Salon de l’Agriculture, la conférence « Je veux produire de l’énergie : puis-je l’utiliser ou la vendre en direct ? Quels modèles économiques possibles ? », animée par Marie‑Laure Hustache, a réuni Gabrielle Dufour, responsable Énergie et Durabilité des systèmes ; Ugo Batel, directeur Transitions et Innovations du Groupe Oxyane ; Frédéric Dinel, agriculteur et président de l’APEPHA et Clément Bizouard, expert-comptable du Cabinet Bizouard. Les intervenants ont éclairé un sujet désormais central : l’énergie comme levier stratégique des entreprises agricoles.
Énergies renouvelables : l’agriculture française à la croisée des transitions
En 2026, la production d’énergie à la ferme n’est plus une diversification marginale, elle devient un levier stratégique d’autonomie, de résilience et d’attractivité pour les entreprises agricoles. Les échanges du Forum du SIA’PRO en témoignent : méthanisation, photovoltaïque, agrivoltaïsme et éolien s’inscrivent au cœur d’un nouveau modèle agricole, entrepreneurial et énergétique.
Un contexte qui pousse les agriculteurs à reprendre la main sur l’énergie
La baisse des aides PAC, l’augmentation des coûts de production et l’instabilité des marchés internationaux poussent les exploitations à diversifier leurs revenus et à réduire leur dépendance aux énergies fossiles importées. Comme le souligne Ugo Batel, « celui qui maîtrise l’énergie maîtrise son autonomie ». Coopératives et exploitants avancent ensemble vers un modèle où le foncier agricole redevient non seulement productif, mais aussi générateur de valeur énergétique locale.
Un rôle stratégique mais peu connu des agriculteurs dans les énergies renouvelables
Gabrielle Dufour rappelle que « les agriculteurs produisent déjà 20 % des énergies renouvelables françaises, qu’ils s’agissent de production (biocarburants, biogaz, bois…) ou de structures implantées sur le foncier agricole (éolien, photovoltaïque, agrivoltaïque…). Ce rôle clé reste pourtant peu reconnu, alors qu’il place l’agriculture au cœur de la transition énergétique nationale. »
Une montée en puissance des « énergiculteurs »
Les témoignages de pionniers montrent l’évolution culturelle en cours : formation, innovation, ouverture d’esprit. Autoconsommation collective, stockage, agrivoltaïsme : ces solutions exigent une montée en compétences, mais elles renforcent la résilience des fermes, la qualité de vie des chefs d’entreprise agricole et leur capacité d’investissement. Au-delà de certains freins culturels et de la difficulté des agriculteurs à accepter le « trop beau pour nous », Frédéric Dinel estime que « l’énergie ouvre un champ d’opportunités économiques et territoriales immense. » Pour Gabrielle Dufour, cette évolution témoigne du passage de la posture de chef d’exploitation à celui de chef d’entreprise.
Freins, opportunités et conditions de réussite
Agridées identifie trois grandes opportunités : diversification économique, amélioration de l’autonomie énergétique, attractivité accrue du métier, en particulier pour les jeunes générations attirées par l’innovation.
Des risques existent : maîtrise technique, questions foncières, gouvernance et nécessité de préserver la priorité alimentaire. Mais le potentiel est immense, notamment dans les zones intermédiaires où l’énergie peut sécuriser la viabilité économique.
Côté méthanisation, Clément Bizouard explique « qu’il s’agit d’une véritable diversification industrielle, nécessitant méthode, contrats solides, gouvernance rigoureuse et investissements importants. La réussite passe par trois conditions : ne pas se lancer seul, bénéficier d’un soutien public stable, et construire un projet financier sécurisé. »
Vers une nouvelle génération d’énergiculteurs et d’énergicultrices
Pour Gabrielle Dufour les profils de producteurs d’énergie sont souvent masculins, expérimentés et fortement engagés localement. Elle espère que ces pionniers serons suivis par une « deuxième vague » plus diverse afin de soutenir l’installation des nouvelles générations d’agricultrices et agriculteurs, issus ou non du secteur agricole. L’énergie peut devenir une porte d’entrée vers une agriculture plus créative, entrepreneuriale et durable. Ugo Battel a également rappelé l’intérêt du vecteur coopératif pour partager la valeur entre agriculteurs.
Conclusion
L’agriculture française n’est pas seulement une productrice d’aliments : elle devient un pilier de la souveraineté énergétique et un acteur central des transitions. En maîtrisant leur production et leur consommation d’énergie, les agriculteurs construisent non seulement la résilience de leurs exploitations, mais aussi celle des territoires. L’enjeu n’est plus de savoir si l’agriculture doit produire de l’énergie, mais comment elle peut en faire un atout stratégique et durable pour l’avenir.